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Poppins : feu vert de la HAS pour une prise en charge anticipée par l’Assurance Maladie

par Rémy Teston

Enfin le décollage des thérapies numériques en France ? Poppins Clinical, dispositif médical numérique thérapeutique destiné aux enfants dyslexiques de 7 à 11 ans, a reçu un avis favorable de la Haute Autorité de Santé pour une prise en charge anticipée par l’Assurance Maladie dans le cadre de la PECAN. Cette décision marque une étape importante pour l’accès aux soins des enfants dyslexiques et pour la reconnaissance des dispositifs médicaux numériques à visée thérapeutique.

La dyslexie concerne entre 3,5 % et 6,6 % des enfants. Au-delà des difficultés de lecture, ce trouble peut avoir des répercussions importantes sur le quotidien : fatigue, perte de confiance, découragement, tensions familiales, difficultés scolaires ou encore risque d’isolement. Pour les enfants concernés, une prise en charge précoce et régulière est essentielle. Pourtant, l’accès à l’orthophonie reste complexe dans de nombreux territoires, avec des délais d’attente pouvant atteindre en moyenne 18 mois.

Dans ce contexte, la prise en charge de Poppins par l’Assurance Maladie constitue une avancée concrète. Elle permet de rendre accessible à davantage de familles un dispositif médical numérique évalué scientifiquement, tout en proposant un outil complémentaire pour renforcer la continuité du parcours de soin.

 


Un dispositif médical numérique en complément de l’orthophonie

Poppins se présente sous la forme d’un jeu vidéo thérapeutique disponible sur tablette et smartphone. Conçu pour les enfants dyslexiques, le dispositif propose des exercices de langage écrit et de rythme intégrés dans une expérience ludique. L’objectif est de favoriser un entraînement régulier à domicile, dans un cadre structuré et encadré.

L’usage recommandé est limité à 20 minutes maximum par session, à raison de trois à cinq entraînements par semaine. Poppins n’a pas vocation à remplacer l’orthophoniste. Le professionnel de santé reste au centre du parcours de soin : il évalue l’enfant, pose le diagnostic, assure le suivi, accompagne les progrès et ajuste la prise en charge. Le rôle de Poppins est d’apporter une continuité entre les séances et de maintenir l’engagement de l’enfant dans la durée.

Cette approche répond à un enjeu clé : permettre aux enfants de s’entraîner régulièrement, sans alourdir le parcours des familles ni se substituer au soin humain. Pour les parents, Poppins offre également un outil concret pour accompagner leur enfant à domicile.

Comme le souligne François Vonthron, CEO et cofondateur de Poppins, cette décision représente « une étape majeure pour Poppins, mais avant tout pour les enfants dyslexiques et leurs familles. Depuis notre création, nous voulons rendre accessible au plus grand nombre un dispositif médical numérique rigoureux, utile et complémentaire du soin humain. Poppins ne remplace pas l’orthophoniste ; il permet d’apporter de la régularité, de la continuité et de l’engagement dans un parcours de soins qui reste profondément humain », en apportant davantage de régularité, de continuité et d’engagement dans le parcours de soins.

Une prise en charge attendue dès la publication de l’arrêté

La prise en charge par l’Assurance Maladie sera effective dès la publication de l’arrêté au Journal officiel, attendue d’ici l’automne 2026, pour une durée d’un an. Elle concernera les enfants dyslexiques âgés de 7 à 11 ans, en complément d’une rééducation orthophonique bimensuelle et dans le cadre du niveau 1 de recours aux soins.

Les enfants éligibles pourront accéder à Poppins Clinical pour une durée de trois mois renouvelables, sur prescription médicale. Les orthophonistes pourront également le prescrire dès la modification de l’arrêté du 20 janvier 2026 fixant la liste des dispositifs qu’ils sont autorisés à prescrire et à renouveler.

Cette prise en charge anticipée s’inscrit dans le dispositif PECAN, qui vise à accélérer l’accès au marché de dispositifs médicaux numériques innovants présentant un intérêt clinique. Pour Poppins, ce feu vert ouvre une nouvelle phase de déploiement, après plusieurs années de développement, d’évaluation et d’amélioration du dispositif.

Poppins est le fruit d’un travail mené depuis 2017 avec des professionnels de santé, des équipes hospitalières, des chercheurs, des associations de patients et des spécialistes du jeu vidéo. Cette démarche pluridisciplinaire a permis de concevoir un dispositif médical numérique pensé pour s’intégrer au parcours de soin des enfants dyslexiques.

Fondée en 2018 et issue de l’École polytechnique, la société Poppins s’est spécialisée dans le développement d’outils de rééducation à destination des enfants atteints de troubles du neurodéveloppement. Son premier dispositif médical, doté du marquage CE, cible l’amélioration de la fluidité de lecture, l’un des principaux marqueurs de la dyslexie.

Le projet s’appuie notamment sur des collaborations avec les équipes du Pr David Cohen à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, AP-HP, Sorbonne Université, et du Pr Michel Habib à l’hôpital La Timone à Marseille. Poppins a également développé un accompagnement destiné aux parents, ainsi qu’une communauté co-créée avec la Fédération Française des Dys et la MAE.

Des résultats cliniques en faveur de la fluidité de lecture

L’avis favorable de la Haute Autorité de Santé s’inscrit dans la continuité d’un programme d’évaluation clinique engagé depuis plusieurs années. L’entraînement cognitif au cœur de Poppins a fait l’objet d’une première étude clinique randomisée contrôlée en double aveugle contre placebo entre 2021 et 2023, publiée dans Scientific Reports, revue du groupe Nature. Cette étude a évalué l’effet de l’entraînement numérique auprès d’enfants dyslexiques selon une méthodologie rigoureuse. Les résultats ont montré une amélioration significative de la lecture, en vitesse comme en précision, par rapport au groupe contrôle.

Une deuxième étude clinique randomisée contrôlée, menée auprès de 306 patients sous la coordination du Pr Jean Xavier du Centre Hospitalier Henri Laborit, a également été conduite. Elle a montré que l’association de Poppins à une orthophonie bimensuelle permettait, après 12 semaines, une amélioration de la fluidité de lecture supérieure à celle observée avec une orthophonie hebdomadaire seule.

Pour le Pr David Cohen, directeur de l’Institut des pathologies du Développement de l’Enfant et de l’Adolescent, AP-HP, Sorbonne Université, et membre correspondant de l’Académie nationale de médecine, « les études sur Poppins combinent une grande rigueur méthodologique et prennent en compte la réalité des parcours de soins. Ces résultats permettent aux professionnels de santé de disposer d’un nouvel outil thérapeutique où le numérique vient prolonger le système de soins, afin de mieux prendre en charge les enfants et leurs familles, quel que soit leur lieu de vie. »

Une étape structurante pour les thérapies numériques en France

Avec cet avis favorable, au-delà de la dyslexie, cette décision constitue un signal fort pour l’écosystème de la santé numérique en France. Elle illustre la montée en puissance des thérapies numériques évaluées cliniquement, capables de s’inscrire dans des parcours de soins existants et de répondre à des besoins de santé insuffisamment couverts. Dans le cas de la dyslexie, l’enjeu est particulièrement important : améliorer l’accès à un accompagnement régulier, soutenir le travail des orthophonistes et offrir aux familles une solution complémentaire, encadrée et scientifiquement évaluée.

La prise en charge de Poppins par l’Assurance Maladie pourrait ainsi contribuer à une meilleure organisation du soin, dans un contexte où les besoins dépassent largement les capacités disponibles. En apportant un entraînement intensif à domicile, tout en maintenant l’orthophoniste au cœur du parcours, le dispositif propose une réponse concrète à l’un des défis majeurs de la prise en charge des troubles du neurodéveloppement : assurer la continuité, la régularité et l’accessibilité du soin.

Pour Poppins, cette décision ouvre une nouvelle étape. Pour les enfants dyslexiques et leurs familles, elle pourrait représenter un levier supplémentaire pour mieux vivre le parcours de rééducation et progresser dans l’apprentissage de la lecture.

Source : Poppins

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