Accueil A la une15e Conseil du numérique en santé : une feuille de route qui entre dans l’âge des usages

15e Conseil du numérique en santé : une feuille de route qui entre dans l’âge des usages

par Rémy Teston

Le 18 juin dernier, le 15e Conseil du numérique en santé a permis de mesurer le passage progressif d’une politique de transformation numérique centrée sur les infrastructures à une logique beaucoup plus opérationnelle : celle des usages, du partage sécurisé des données et de l’impact concret pour les patients comme pour les professionnels de santé. Décryptage.

Organisé autour de plusieurs temps forts, ce Conseil du numérique en santé a mis en lumière les grands chantiers qui structurent aujourd’hui la transformation numérique du système de santé français : Mon espace santé, le DMP, l’imagerie médicale, la stratégie IA et données de santé, le règlement européen sur l’Espace européen des données de santé, Hub Santé, mais aussi les travaux de concertation menés avec les acteurs du terrain.


Un fil conducteur : mieux partager les données de santé

Le message central de cette édition est clair : le numérique en santé ne peut plus être pensé uniquement comme une addition d’outils. Il doit devenir une infrastructure de confiance au service de la coordination des soins, de la prévention, de la recherche, de l’innovation et du pilotage des politiques publiques.

Le programme 2026 des groupes de travail du Conseil du numérique en santé s’articule ainsi autour du partage fluide et sécurisé des données de santé, à la fois pour l’usage primaire, c’est-à-dire le soin, et pour l’usage secondaire, au service de la recherche, de l’innovation et des politiques publiques. Plus de 60 ateliers se sont déjà tenus et 13 groupes de travail ont inscrit des livrables dans le macro-planning d’ici la fin de l’année.

Cette dynamique illustre un changement de maturité. Après plusieurs années consacrées à la construction des socles, l’enjeu est désormais d’assurer l’interopérabilité, la sécurité, la qualité et la gouvernance des données. Les travaux portent notamment sur la portabilité des données dans les logiciels de gestion de cabinet, la stratégie cyber avec les éditeurs et industriels, les exigences de sécurité pour l’hébergement des données de santé, les systèmes d’aide à la décision médicale, l’intelligence artificielle dans Mon espace santé et le DMP, l’urbanisation des systèmes d’information au service des parcours, ou encore les obligations liées à l’Espace européen des données de santé.

Mon espace santé et le DMP changent d’échelle

L’un des enseignements majeurs du 15e Conseil du numérique en santé concerne la progression des usages de Mon espace santé et du DMP. Les chiffres présentés montrent que le « cercle vicieux » historique du DMP, longtemps pénalisé par un manque d’alimentation et de consultation, commence à être dépassé.

En juin 2026, 98 % des assurés sociaux disposent d’un profil Mon espace santé, 37 % l’ont activé et plus de 26 millions de personnes l’ont déjà utilisé. La moitié des utilisateurs reviennent chaque mois sur l’application, signe d’une appropriation progressive par les citoyens.

Côté professionnels, la dynamique d’alimentation est également significative. Plus de 40 millions de documents sont envoyés chaque mois dans Mon espace santé, avec des taux d’envoi supérieurs à 70 % pour certains documents. Le DMP n’est donc plus seulement une promesse administrative : il devient progressivement un espace documentaire alimenté à grande échelle.

La consultation progresse elle aussi. Plus d’un million de documents sont consultés chaque mois par les professionnels de santé. Dans l’état d’avancement de la feuille de route, près de 950 000 documents ont été consultés en avril 2026 par 63 600 professionnels de santé, dont 91 % par des professionnels libéraux, notamment grâce à la consultation intégrée depuis les logiciels métiers Ségur.

Cette montée en charge ouvre une nouvelle phase. L’enjeu n’est plus seulement de produire du volume, mais de garantir la qualité, la pertinence, l’accessibilité et l’exploitabilité des données. C’est pourquoi le suivi de la volumétrie seule ne suffit plus. Des travaux sont engagés pour mesurer, par type de document prioritaire, le taux d’exhaustivité dans Mon espace santé, afin de comparer le nombre de documents réellement alimentés avec le nombre d’actes qui devraient donner lieu à une alimentation.

L’imagerie médicale, prochain grand cas d’usage du partage sécurisé

Le zoom consacré à l’imagerie médicale a constitué l’un des temps forts de cette édition. Avec le projet DRIM-M et les DRIMbox, l’objectif est de permettre un accès sécurisé aux images médicales via le DMP, en complément des comptes-rendus d’imagerie.

Ce chantier répond à un besoin très concret des professionnels de santé : accéder rapidement aux antériorités d’imagerie, éviter les examens redondants, améliorer la pertinence médicale et fluidifier les parcours entre établissements publics, privés et professionnels de ville.

La vague 2 du Ségur numérique intègre cette promesse de consultation des images médicales. Deux briques logicielles sont concernées : la mise à jour des RIS, centrée sur la consultation facilitée du DMP, et l’équipement en DRIMbox, passerelles connectant les PACS au réseau national DRIM-M. L’ambition est de créer un réseau national de partage sécurisé des images médicales, capable de dépasser la fragmentation actuelle entre PACS, portails et systèmes d’information régionaux.

Un jalon symbolique a été présenté avec le référencement Ségur de la première DRIMbox par l’Agence du Numérique en Santé. D’autres solutions RIS et DRIMbox étaient également en cours de référencement, ce qui doit permettre une montée en puissance progressive du dispositif.

Autre élément structurant : l’ouverture de l’Espace de confiance DRIMbox de l’ANS, qui marque le lancement du déploiement. Celui-ci repose notamment sur une liste blanche des DRIMbox opérationnelles dans un registre national, une météo des DRIMbox permettant de consulter leur statut opérationnel, un domaine grand public dédié, mesimagesmedicales.fr, ainsi qu’un guide d’intégration pour les fournisseurs.

Au-delà de la technique, ce projet illustre une évolution majeure : le numérique en santé devient un levier direct de pertinence des soins. Réduire les actes redondants, améliorer l’accès aux antériorités et renforcer la traçabilité des accès sont autant de bénéfices concrets pour les patients, les professionnels et le système de santé.

Des usages numériques qui s’installent dans le quotidien des professionnels

Le 15e Conseil du numérique en santé a également confirmé l’importance de l’intégration des services socles dans les outils du quotidien. Les professionnels de santé n’attendent pas seulement de nouveaux services numériques : ils attendent des services utiles, fluides, ergonomiques et intégrés à leurs logiciels métiers.

La feuille de route montre que plusieurs chantiers avancent dans ce sens. La consultation de Mon espace santé par les professionnels progresse, notamment grâce au Ségur numérique. Les premiers déploiements de logiciels Ségur vague 2 à l’hôpital et en imagerie devraient générer une forte augmentation des consultations de documents par les médecins.

L’ordonnance numérique constitue un autre indicateur de transformation. Au premier trimestre 2026, 45 logiciels avaient été autorisés à être déployés après le succès de leur présérie et plus de 67 000 médecins avaient déjà créé une ordonnance numérique. Plus d’une ordonnance sur deux produite par un médecin généraliste sur le champ des produits de santé est désormais élaborée selon le processus d’ordonnance numérique, tandis que près d’un tiers des ordonnances numériques créées sont exécutées par les pharmaciens selon le même processus.

Le bouquet de services aux professionnels de santé continue également de s’enrichir. Des liens directs se multiplient entre amelipro et le DMP ou Mon espace santé. Depuis avril 2026, l’Assurance Maladie intègre dans amelipro un tableau de bord dynamique permettant de visualiser chaque mois les indicateurs de prévention pour la patientèle médecin traitant.

Ces avancées traduisent une même orientation : faire du numérique un outil d’appui au soin, à la prévention et à la coordination, plutôt qu’une charge supplémentaire pour les professionnels.

Prévention, télésanté et services aux citoyens : une feuille de route en progression

Le 15e Conseil du numérique en santé a aussi été l’occasion de faire le point sur les priorités de la feuille de route 2023-2027. La prévention personnalisée progresse dans Mon espace santé avec le déploiement du parcours de repérage des risques cardiovasculaires et la conception d’un parcours diabète. Plus de 961 000 questionnaires de bilans de prévention avaient été préparés dans Mon espace santé en mars 2026 par des utilisateurs éligibles, dont plus de 809 000 enregistrés dans le DMP.

Le catalogue de services de Mon espace santé compte 47 applications référencées, alors que l’objectif est d’en référencer plus de 50 proposant des échanges avec Mon espace santé d’ici fin 2026. Sept éditeurs ont démarré leurs démarches pour intégrer le catalogue avec échanges de données.

La télésanté poursuit également son inscription dans un cadre régulé. En avril 2026, 51 solutions de télésurveillance étaient certifiées conformes par l’ANS, ainsi que 143 dispositifs médicaux numériques en vue d’une inscription à la LPPR. Au premier trimestre 2026, 1,458 million de patients en affection longue durée avaient bénéficié d’un acte de télésanté dans leur parcours sur les six derniers mois.

Le Service d’accès aux soins confirme lui aussi son déploiement. Au 1er juin 2026, la plateforme SAS était utilisée par 96 SAMU-SAS et couvrait 98 % de la population. Plus de 17 000 professionnels de santé avaient déclaré participer au dispositif et plus de 20 000 patients par mois étaient orientés vers la médecine de ville.

L’Europe, l’IA et les données de santé au cœur des prochains arbitrages

Cette édition du Conseil du numérique en santé s’inscrit dans un contexte européen structurant avec l’arrivée de l’Espace européen des données de santé. Plusieurs groupes de travail sont directement liés à cette transformation, notamment sur la gouvernance, les rôles, la sensibilisation des citoyens, l’exercice des droits, les obligations s’imposant aux dossiers médicaux électroniques et la méthodologie de calcul des redevances liées à l’utilisation secondaire des données.

Le groupe de travail sur les coûts fixes de redevances illustre la complexité des sujets à traiter. Le règlement prévoit que les organismes responsables de l’accès aux données puissent couvrir leurs coûts de fonctionnement avec les redevances perçues, tout en respectant les principes de transparence, de non-discrimination, de proportionnalité et de neutralité concurrentielle. Les travaux visent à proposer une méthodologie consensuelle pour répartir les coûts fixes entre utilisateurs selon les données demandées.

L’intelligence artificielle constitue l’autre grand enjeu transversal. Les travaux sur l’IA et Mon espace santé/DMP ont permis de prioriser un cas d’usage concret : la synthèse des documents du DMP pour les professionnels de santé. Ce choix reflète une approche pragmatique de l’IA en santé : partir des irritants métiers, identifier les cas d’usage à forte valeur ajoutée, puis construire les conditions de confiance, d’intégration et d’évaluation.

Une transformation numérique qui entre dans une phase de maturité

Le 15e Conseil du numérique en santé montre une chose : la transformation numérique du système de santé français n’est plus seulement une affaire de déploiement technique. Les socles sont en place, les usages progressent, les volumes deviennent significatifs et les prochains défis relèvent désormais de la qualité, de la confiance, de l’ergonomie, de la gouvernance et de l’impact.

Mon espace santé et le DMP commencent à s’installer dans les pratiques. L’ordonnance numérique se généralise progressivement. L’imagerie médicale entre dans une nouvelle ère avec DRIM-M. La télésurveillance s’inscrit dans un cadre de confiance. Les travaux autour de l’IA, de l’Espace européen des données de santé et de l’usage secondaire des données ouvrent une nouvelle séquence, plus stratégique et plus sensible.

Pour l’écosystème e-santé, le message est fort. L’innovation ne se jouera plus uniquement dans la création de nouveaux outils, mais dans leur capacité à s’intégrer aux parcours, à simplifier le quotidien des professionnels, à renforcer les droits des patients et à produire des bénéfices mesurables pour le système de santé.

Avec cette 15e édition, le Conseil du numérique en santé confirme ainsi son rôle de lieu de pilotage, de concertation et de mise en cohérence. La prochaine étape sera décisive : transformer les avancées techniques et réglementaires en usages massifs, utiles et durables.

Source : Ministère de la santé

 

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