Le GIE SESAM-Vitale a publié l’édition 2025 de sa synthèse annuelle consacrée aux entreprises du numérique en santé qui propose une photographie détaillée d’un écosystème en pleine mutation, marqué par la consolidation des acteurs, la montée en puissance des services dématérialisés de l’Assurance Maladie et l’intégration progressive des grands services socles du numérique en santé. Découverte.
Cette Synthèse annuelle des Entreprises du Numérique en Santé confirme une tendance de fond : le marché des entreprises du numérique en santé poursuit sa structuration. Le GIE SESAM-Vitale indique accompagner 1 688 sociétés, soit 140 de plus qu’en 2024, ainsi que 1 602 produits et 13 105 labellisations. Ces chiffres témoignent d’un écosystème dynamique, mais aussi de plus en plus encadré par les exigences d’interopérabilité, de sécurité et de conformité réglementaire.
Cette progression s’inscrit dans un contexte où le numérique devient un levier central pour fluidifier les parcours de soins, sécuriser les échanges de données et accompagner les professionnels de santé dans leurs usages quotidiens. Le GIE SESAM-Vitale rappelle ainsi que son rôle consiste à garantir l’intégration cohérente des services en ligne des assurances maladie obligatoires et complémentaires dans les systèmes d’information des offreurs de soins.
Les éditeurs pour professionnels libéraux face à une concentration accrue
L’un des enseignements majeurs de cette édition concerne la concentration du marché des éditeurs de logiciels destinés aux professionnels de santé libéraux. Entre 2019 et 2025, leur nombre est passé de 217 à 177 acteurs, soit une contraction de 18 %. Cette baisse, stable jusqu’en 2022, s’est accélérée à partir de 2023 sous l’effet des exigences réglementaires, des obligations d’interopérabilité, des contraintes de sécurité et des mouvements de fusions-acquisitions.
Le marché reste dominé par un nombre limité d’acteurs. En 2025, 17 éditeurs dépassent le seuil de 1 % de parts de marché et concentrent à eux seuls 84 % du marché des professionnels de santé libéraux. Le rapport souligne également des niveaux de concentration très élevés selon les segments : les dix premiers acteurs représentent 80 % du marché chez les médecins, tandis que les six premiers concentrent 90,4 % du marché des auxiliaires médicaux. Chez les pharmaciens, les deux premiers acteurs détiennent 75,7 % du marché.
Cette évolution traduit une maturité croissante du secteur. Les éditeurs multi-segments semblent mieux armés pour absorber la complexité réglementaire et technique, tandis que les acteurs plus spécialisés doivent composer avec des coûts de conformité et de développement toujours plus importants. La dynamique de consolidation devrait donc continuer à redessiner le paysage des logiciels de santé dans les prochaines années.
L’étude montre également la progression continue de la facturation SESAM-Vitale. À fin 2025, 426 453 professionnels de santé utilisent la télétransmission SESAM-Vitale, soit 11 637 de plus qu’en 2024. Cette croissance illustre la place toujours centrale de la facturation électronique dans l’écosystème numérique de santé français.
Dans le détail, le rapport recense 84 logiciels pour 119 920 médecins, 36 logiciels pour 209 004 auxiliaires médicaux, 37 logiciels pour 39 080 chirurgiens-dentistes, 12 logiciels pour 20 138 pharmaciens et 8 logiciels pour 4 116 laboratoires. Ces données mettent en évidence des réalités très différentes selon les professions, avec certains segments très concentrés et d’autres encore relativement concurrentiels.
Établissements de santé : les SIH au cœur de la transformation
L’étude consacre également une partie importante aux éditeurs destinés aux établissements de santé. Le GIE SESAM-Vitale recense 31 éditeurs de logiciels de gestion administrative du patient couvrant le marché des établissements de santé, dont 18 proposent également une gestion médicale du patient. Le périmètre étudié couvre 3 617 établissements, comprenant des établissements publics de santé, des établissements privés d’intérêt collectif, des hôpitaux d’instruction des armées et des cliniques privées.
Pour ces structures, l’enjeu dépasse la seule facturation. Les services dématérialisés de l’Assurance Maladie sont intégrés au sein des systèmes d’information hospitaliers via les logiciels de gestion administrative du patient et les dossiers patients informatisés. Les premiers portent les étapes administratives, de l’admission à la facturation, tandis que les seconds facilitent la coordination des soins et l’intégration de services comme l’INS, le DMP ou Mon espace santé.
Autre axe fort de l’étude : la trajectoire PRO-PS. Depuis 2022, celle-ci offre aux éditeurs une visibilité à cinq ans sur les évolutions techniques et les arrêts de support. La feuille de route 2025-2030 repose notamment sur la migration du cahier des charges SESAM-Vitale vers l’Addendum 8, la fin de l’adhérence des FSV avec le GALSS, l’arrêt du support des lecteurs homologués et la bascule progressive du TLA vers les solutions de mobilité.
Cette évolution traduit un changement profond dans les usages. Les solutions historiques, longtemps centrées sur des postes fixes et des lecteurs dédiés, évoluent vers des environnements plus ouverts, plus mobiles et mieux intégrés aux logiciels métier. Le GIE SESAM-Vitale met également en avant DiagAM V3, recommandé pour améliorer le diagnostic, le support, le suivi terrain et le déploiement de nouvelles fonctionnalités.
Appli carte Vitale : vers de nouveaux usages en ville et à l’hôpital
L’appli carte Vitale occupe une place croissante dans cette transformation. Après une ouverture aux professionnels de santé libéraux à partir de mi-2023, son usage est étendu aux établissements de santé, dont les éditeurs peuvent intégrer la lecture dans les logiciels de gestion administrative du patient ou les dossiers patients informatisés.
Le service d’authentification de proximité permet, dans les établissements, de vérifier de manière sécurisée l’identité d’un utilisateur via l’appli carte Vitale et d’en lire les données lors de son passage au bureau des admissions. À terme, l’authentification à distance devrait ouvrir de nouveaux usages, notamment pour les portails de pré-admission ou les démarches patients sans dispositif de lecture sur site.
L’étude met également en lumière une forte progression autour de Mon espace santé et du Dossier Médical Partagé. Mon espace santé compte plus de 67 millions de comptes créés automatiquement, dont plus de 23 millions activés. L’année 2025 marque une étape structurante pour l’alimentation du DMP et de Mon espace santé, avec plus de 480 millions de documents disponibles, en croissance de plus de 40 % par rapport à 2024.
Le rapport précise également que 123 logiciels de professionnels de santé sont déployés et que 94 industriels sont impliqués. Les professionnels de santé libéraux représentent 45 % des logiciels déployés, devant les établissements à 33 %, les établissements sociaux et médico-sociaux à 11 %, la radiologie à 5 % et les laboratoires à 2 %.
Cette dynamique illustre la montée en charge des usages documentaires dans le système de santé. Le DMP conserve son rôle d’outil de coordination entre professionnels, tandis que Mon espace santé s’impose progressivement comme le carnet de santé numérique de référence pour les patients.
L’ordonnance numérique est également identifiée comme un pilier de la feuille de route du numérique en santé. Son objectif est de sécuriser, fiabiliser et simplifier le circuit de prescription, aussi bien en ville qu’en établissement. Le processus repose sur la création d’une ordonnance depuis le logiciel du prescripteur, la génération d’un identifiant unique et d’un QR code, puis l’enregistrement dans une base sécurisée de l’Assurance Maladie et la transmission au DMP du patient dans Mon espace santé.
Cette dématérialisation du circuit de prescription doit permettre une meilleure traçabilité, limiter les risques d’erreurs et faciliter les échanges entre prescripteurs et professionnels chargés de l’exécution de l’ordonnance. Elle s’inscrit dans une logique plus large de sécurisation des parcours et de convergence des outils numériques autour des services socles.
Avec cette étude de marché 2025, le GIE SESAM-Vitale livre bien plus qu’un état des lieux statistique. Le document donne à voir un secteur en transition, où les innovations techniques, les obligations réglementaires et les usages terrain convergent vers un modèle plus intégré. La concentration des éditeurs, la progression de la facturation dématérialisée, le déploiement de l’appli carte Vitale, l’accélération de Mon espace santé et la montée en puissance de l’ordonnance numérique dessinent les contours d’un numérique en santé plus mature.
Pour les entreprises du secteur, cette synthèse constitue un outil de pilotage stratégique. Pour les professionnels de santé, elle confirme que les logiciels métier deviennent des points d’entrée essentiels vers les services numériques nationaux. Pour les patients, elle annonce une santé digitale plus connectée, plus sécurisée et potentiellement plus fluide, à condition que l’interopérabilité, l’ergonomie et l’accompagnement des usages restent au cœur des priorités.
Source : GIE SESAM-Vitale


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