Accueil A la uneUsages du numérique en santé : regards croisés entre professionnels de santé et patients

Usages du numérique en santé : regards croisés entre professionnels de santé et patients

par Rémy Teston

Alors que le numérique transforme en profondeur notre système de santé, deux baromètres récemment publiés mettent en lumière les perceptions et usages du digital par les deux acteurs clés du parcours de soins : les professionnels de santé et les patients. Ces études offrent un panorama contrasté, entre appropriation, attentes et résistances. Décryptage croisé.

Les derniers chiffres dévoilés par les baromètres PulseLife et Doctoome, à l’occasion de l’événement des « Grandes Tendances de la E-santé », révèlent une adoption désormais massive des outils digitaux, mais soulignent également un glissement des attentes : après la phase de découverte et d’équipement, place à une exigence accrue de fiabilité, de sécurité et d’accompagnement.

Une adoption généralisée mais aux usages différenciés

Le constat est sans appel : le numérique n’est plus une option. Côté patients, l’étude Doctoome montre que plus de 9 Français sur 10 utilisent au moins un service de santé numérique. Cependant, les usages varient fortement selon les profils. Si les 35-54 ans sont les utilisateurs les plus fréquents (59 % d’usage régulier), les seniors intègrent le numérique comme un outil de gestion mensuelle efficace (43 % d’usage fréquent chez les plus de 55 ans). Pour ces derniers, « Mon Espace Santé » est devenu un pivot pour le suivi médical, tandis que les plus jeunes (18-34 ans) privilégient les applications de santé, souvent perçues comme des outils de suivi de biomarqueurs simples.

Chez les professionnels de santé, le baromètre PulseLife confirme cette adhésion massive. Le numérique est désormais ancré dans le quotidien, avec une maîtrise particulièrement forte des outils de formation (43 %), de coordination (39 %) et de consultation des dossiers patients (DMP/DPI à 25 %).

De son côté, l’intelligence artificielle générative cristallise les attentions en 2026. Une majorité de soignants (54 %) et de médecins (60 %) en ont une perception positive, y voyant une aide précieuse pour la rédaction (75 %) ou le soutien à la décision clinique (51 %). Néanmoins, cette adoption s’accompagne d’une vigilance extrême : 8 professionnels sur 10 font face à des patients arrivant en consultation avec des autodiagnostics réalisés via l’IA, ce qui redéfinit en profondeur la relation patient-soignant.

L’impact du numérique sur la relation patient-soignant révèle une dualité frappante entre l’efficacité opérationnelle et la perception émotionnelle. Si les outils sont plébiscités pour les gains de temps et l’accès simplifié aux professionnels, ils ne sont pas encore perçus comme un véritable allié thérapeutique. Pour une partie non négligeable des usagers occasionnels (36,4 %), le numérique détériore même le lien avec le praticien. Ce sentiment est alimenté par un manque de « sécurité émotionnelle », où la méfiance (41,5 %) et l’anxiété (11 %) l’emportent sur la confiance. Cette détérioration perçue est intimement liée à des freins concrets, au premier rang desquels figurent le manque d’accompagnement (63 %) et les doutes sur la fiabilité technique (28 %). En somme, si le digital fluidifie l’administration du soin, il doit encore prouver sa capacité à enrichir l’interaction humaine sans la déshumaniser.

Des freins persistants et un besoin de « médiation humaine »

Malgré cette pénétration technologique, des zones d’ombre subsistent. Le manque d’accompagnement reste le frein majeur pour les usagers les moins à l’aise (55 % des patients concernés), suivi de près par les inquiétudes liées à la sécurité et à la confidentialité des données (41 %). On observe même une forme de « méfiance émotionnelle » chez les utilisateurs occasionnels : 36 % d’entre eux estiment que le numérique détériore la relation avec leur soignant, principalement par manque de confiance et de fiabilité technique.

Cette exigence de fiabilité se retrouve chez les praticiens. Pour 67 % des soignants, la sécurité des données est un enjeu prioritaire, et 46 % pointent encore le manque de fiabilité scientifique de certains outils.

Un paradoxe émerge du côté des bénéfices perçus par les patients. Le numérique est plébiscité pour ses avantages administratifs (gain de temps, accès simplifié aux soignants) mais il n’est pas encore majoritairement perçu comme un « allié thérapeutique » capable d’améliorer directement la santé.

En 2026, le défi ne semble donc plus être celui de l’équipement, mais celui de la confiance et de l’intégration humaine. Le succès de la e-santé dépendra moins de la sophistication des algorithmes que de la capacité des acteurs à proposer un accompagnement structuré, garantissant que la technologie vienne soutenir, et non remplacer, le lien entre le soignant et son patient.

Sources : Doctoome, Pulselife

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