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A la rencontre d’Arnaud Depil-Duval

par Rémy Teston

Régulièrement, je vous propose de partir à la rencontre d’un acteur ou d’une innovation du digital santé en France. Aujourd’hui partons à la rencontre d’un praticien hospitalier fervent défenseur du numérique santé : Arnaud Depil-Duval.

Bonjour Arnaud, peux-tu te présenter brièvement ?

Je suis médecin urgentiste depuis 20 ans et chef de service pendant 15 ans. Je suis aujourd’hui responsable de l’innovation technologique pour l’hôpital Lariboisière au travers du NOTIL (Nouvelles Technologies et Innovation @ Living LabLariboisière), animateur du « club innovateurs urgences » de l’AP-HP. Je suis également membre de la SFMU (Société Française de Médecine d’Urgence), président du comité pédagogique de l’université médicale digitale de la SFSD (Société Française de Santé Digitale) et officier de réserve du Service de Santé des Armées.

Au sein de l’hôpital Lariboisière, vous avez créé le groupe NOTIL (Nouveaux Outils Technologiques et Innovation à Lariboisière). Peux-tu nous présenter cette initiative et ses objectifs ?

Le NOTIL est un petit groupe de soignants médecins et paramédicaux dont l’objectif est de promouvoir le numérique au sein de l’établissement. Pour ce faire, nous étudions les différents produits disponibles sur le marché et nous soumettons ce qui nous semble le plus pertinent à la direction. Ces systèmes elle par le NOTIL afin de juger de la pertinence médico-économique et d’envisager un achat.

Toujours au sein de l’AP-HP, la plateforme Digital Medical Hub permet d’intégrer le numérique dans les pratiques à l’hôpital. Peux-tu nous en dire quelques mots ?

Le digital médical hub est une spin-off de l’AP-HP dont l’objectif est celui de maturateur de start-up ; nous accompagnons de jeunes sociétés dans l’évaluation et l’amélioration de leurs prototypes dans une première phase avec un board d’experts qui peuvent être médicaux, ingénieurs, soignants, directeurs hospitaliers puis dans une phase d’essai et d’évaluation en conditions réelles. Ces effets donnent alors lieu à des publications scientifiques.

Quel est le regard ou le retour des soignants sur ces initiatives ?

Comme souvent, le regard des soignants est très variable ; cela va de l’intérêt à l’hostilité. Certains soignants ont peur que les dispositifs médicaux innovants soient responsables de la disparition de leur métier ou tout au moins d’une modification profonde de leur façon de travailler. Cependant, la majorité des soignants accueille de manière favorable les innovations technologiques notamment lorsqu’elles ont pour conséquence d’améliorer la qualité de vie au travail et de sécuriser l’activité ; il est relativement aisé de trouver dans un service des soignants motivés pour tester de nouveaux systèmes.

La crise sanitaire que nous traversons a permis de casser les silos entre les acteurs de santé et de voir émerger des coalitions. Crois-tu en cette approche collaborative ? Est-elle essentielle pour favoriser l’innovation en santé ?

L’approche collaborative dans le numérique est indispensable, il faut cesser le travail en silos tels que nous le connaissons actuellement et que nous puissions travailler ensemble. Il va falloir casser la traditionnelle séparation entre médecins et paramédicaux mais aussi entre soignants et non soignants (ingénieurs biomédicaux, directeur des finances, contrôleur de gestion, ingénieur informatique, etc.). Lorsque les concepteurs et les utilisateurs d’une solution santé travail ensemble, cela permet d’ajuster le produit à la vie réelle, je crois beaucoup en ce concept de la vie réelle et c’est une base sur laquelle s’appuie autant le NOTIL que le digital médical hub.

En tant qu’acteur et observateur de la e-santé en France depuis de nombreuses années, comment vois-tu l’avenir du numérique santé ?

Il ne faut pas se le cacher, nous sommes très en retard en France dans la mise en place du numérique en santé et bien que des projets ministériels tels que ma santé 2022 soient mis en place, le réel problème est celui de l’acculturation aux nouvelles technologies et ceci ne peut se faire qu’au moment de l’enseignement des études de santé.

Il est illusoire d’imaginer que des étudiants à qui on a appris pendant plusieurs années à faire de la médecine de la même manière que ce qu’on faisait au XIXe siècle (j’exagère un peu mais finalement nous n’en sommes pas si loin) en les obligeant à apprendre par cœur plutôt que d’utiliser les outils numériques pour effectuer des recherches efficaces ; je constate malheureusement tous les jours que les étudiants et jeunes médecins sont souvent très brillants, connaissent des maladies rares mais sont incapables de se servir d’outils tels que PubMed pour effectuer des recherches de qualité.

De la même façon, on apprend aux étudiants à reconnaître des souffles grâce au stéthoscope mais le maniement de l’échographe est limité à quelques spécialités. De même, pour les étudiants infirmiers, on leur demande savoir-faire des calculs de doses à la main mais jamais d’utiliser les calculateurs intégrés au pousse seringue électrique. Sur ce dernier point, j’entends souvent la remarque qu’il faut savoir faire si jamais le numérique est en panne ; je suis tout à fait d’accord, mais cela signifie qu’il faut savoir faire les deux et je prendrai comme exemple les pilotes d’avion, le même homme qui pilote un rafale est également capable de piloter un planeur alors pourquoi ne pourrions pas en tant que soignant utiliser des systèmes performants tout en connaissant la manière de travailler en conditions dégradées.

Après ce constat un peu pessimiste, je crois à l’avenir du numérique santé notamment après la crise que nous avons traversé avec le COVID qui a boosté l’innovation et bouleverser les mentalités ; le numérique en santé va se développer mais il va falloir intégrer son utilisation aux études de santé le plus tôt possible. L’avenir de la santé réside dans le numérique tant pour améliorer la qualité et la sécurité des soins que la qualité de vie au travail des soignants.

Pour en savoir plus : NOTILDigital Medical Hub

 

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