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[Tribune] L’illectronisme, une réalité en France

par Rémy Teston

Tribune réalisée pour le 1er numéro de Prescription Santé « Le Mag » – Janvier/Février 2021


A l’heure où la tendance est à vouloir digitaliser l’ensemble de la société, les interactions entre acteurs de santé ou le parcours de soin, la fracture numérique est une réalité en France pouvant freiner certaines innovations ou initiatives numériques déployés dans le monde de la santé.

Avant toute chose, il convient de bien comprendre cette notion de fracture numérique. Partons d’une définition de l’illectronisme, également appelé inhabileté numérique, illettrisme numérique ou encore illettrisme électronique. Il s’agit de la difficulté, voire l’incapacité, que rencontre une personne à utiliser les appareils numériques et les outils informatiques en raison d’un manque ou d’une absence totale de connaissances à propos de leur fonctionnement1.

Aujourd’hui, cet illectronisme touche 12 millions de personnes en France soit 17% de la population2. Selon l’Insee, « une personne sur quatre ne sait pas s’informer et une sur cinq est incapable de communiquer via Internet. Les personnes les plus âgées, les moins diplômées, aux revenus modestes, celles vivant seules ou en couple sans enfant ou encore résidant dans les DOM sont les plus touchées par le défaut d’équipement comme par le manque de compétences. »

Les personnes atteintes d’illectronisme ne savent pas utiliser les outils numériques, Internet, et se retrouvent en grande difficulté face à la numérisation de tâches administratives ou services du quotidien. Contrairement aux idées reçues, cet illettrisme numérique ne touche pas uniquement les seniors, et tous les jeunes ne sont pas intuitivement à l’aise avec le numérique

Des initiatives pour lutter contre cet illectronisme

Cet illectronisme se matérialise aussi par un manque de compétences numériques, frein pour de nombreux Français. D’après l’Insee, 47% des Français manquent d’au moins une compétence numérique de base (communiquer via une application, chercher une information, utiliser un traitement de texte…)2. La crise sanitaire que nous vivons a encore accentué l’importance de maîtriser les outils numériques : faire la classe à la maison, étudier, chercher un emploi, télétravailler, accéder aux services publics…

Pour répondre à cette problématique, des initiatives existent mais restent relativement méconnues. Il est important selon moi de les mentionner.

Premier exemple avec un groupement d’intérêt public, réunissant différents acteurs publics engagés dans les domaines de l’éducation et de la formation (Ministère de l’Education Nationale, CNAM, CNED…), qui a été constitué en 2016 avec le lancement du programme Pix, service public en ligne pour évaluer, développer et certifier ses compétences numériques.

Via la plateforme Pix.fr, ce programme permet de tester ses compétences et d’accéder à des modules ludiques de formation pour développer des compétences numériques fondamentales pour la vie personnelle ou professionnelle.

Autre exemple avec le lancement de Emmaus Connect qui a pour objectif d’aider les plus fragiles à sortir de l’exclusion numérique. Des points d’accueil ont été ouverts sur tout le territoire pour accueillir les personnes en difficulté avec le numérique et les accompagner dans l’apprentissage des fondamentaux. Des collectes de matériel sont également organisés pour équiper ses personnes.

Un frein au développement de la e-santé ?

Vous me direz, quel lien avec la santé ? La e-santé s’accélère en France, notamment avec le plan Ma Santé 2022 et le déploiement de nombreux services dématérialisés : carte vitale numérique, espace numérique de santé, DMP…

Aujourd’hui, de facto, une large part de la population est exclue de l’usage de ces solutions du fait d’illectronisme. Le déploiement de la e-santé doit donc s’accompagner de programmes d’éducation et d’aide pour les patients, aidants et citoyens.

Il est indispensable aujourd’hui que les acteurs de santé intègrent cette problématique dans le développement de solutions numériques. Cela passe notamment par le déploiement d’outils intuitifs, simple d’utilisation pour le plus grand nombre ou un accompagnement des associations de patients dans l’appropriation de ces solutions.

On ne peut pas parler d’illectronisme sans évoquer une autre problématique sous-jacente : les déserts numériques. L’accès au numérique est également une problématique centrale et les déserts numériques sont une réalité en France. L’impact est important concernant la santé puisque la tendance est d’ériger le numérique comme solution aux déserts médicaux or la carte des déserts numériques est quasi identique à celle des déserts médicaux… Cela mériterait une tribune à part entière…

Vous l’aurez compris, je suis profondément convaincu que le progrès n’a de sens que s’il est accessible par le plus grand nombre. Il devient donc indispensable d’accélérer l’accompagnement des personnes atteintes d’illectronisme et limiter l’exclusion numérique d’une partie de la population.

Rémy Teston

Consultant Digital et Expert E-santé
Buzz E-santé

 

(1) Commission d’enrichissement de la langue française, « inhabileté numérique », FranceTerme, Ministère de la Culture.

(2) Une personne sur six n’utilise pas Internet, plus d’un usager sur trois manque de compétences numériques de base – Insee Première – Octobre 2019

 

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