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L’Agence du Numérique en Santé dévoile le Baromètre Télémédecine

by Rémy Teston

L’Agence du Numérique en Santé, avec le Mag de la Santé, dévoile les résultats d’un premier Baromètre Télémédecine réalisé avec Odoxa. Découverte des résultats.

L’inscription dans le droit commun du remboursement par l’Assurance Maladie des actes de télémédecine et de téléconsultation, est un véritable levier pour le déploiement de ces pratiques.

L’agence du numérique en santé met en place un baromètre afin de suivre l’appropriation des nouveaux services de télémédecine par les acteurs de terrain, patients et professionnels de santé : leur intérêt manifesté lors de cette première vague laisse augurer l’expansion des usages en 2020. Néanmoins, cet intérêt va de pair avec des attentes réelles et légitimes sur les performances des outils nécessaires à leur réalisation.

Premiers enseignements

Les notions nouvelles de télémédecine, téléconsultation, télé-expertise et télésurveillance médicale sont toutes largement connues des soignants (plus de 84% les connaissent toutes), mais aussi des Français (8 sur 10 connaissent la télémédecine et la téléconsultation et 6 sur 10 la télé-expertise et la télésurveillance médicale).

Elles suscitent déjà l’attrait de nombreux Français – 4 sur 10 souhaiteraient ainsi avoir recours à la télémédecine – et surtout de leurs soignants (1 sur 2 souhaite recourir à la télémédecine et la téléconsultation). Plus globalement, les Français (60%), et plus encore les professionnels de santé (70%) ont une bonne opinion globale de la télémédecine.

Dans les faits, 6% des Français et 13% des médecins ont déjà expérimenté la téléconsultation. Un médecin sur deux (51% vs 47%) estime même que « la téléconsultation est désormais inscrite » dans ses pratiques. Le plus souvent cette téléconsultation s’est faite au domicile du patient pour des patients qui habitent loin ou ne peuvent guère se déplacer.

La téléconsultation satisfait les patients (71%) et plus encore les professionnels de santé (86%) qui l’ont expérimentée. D’ailleurs ils sont persuadés que la téléconsultation va se développer à l’avenir et 64% des médecins qui n’y ont encore jamais eu recours sont persuadés qu’ils y viendront.

Développer l’usage et améliorer la satisfaction

Comment développer encore l’usage – seulement 6% de patients – et améliorer encore la satisfaction (tout de même près de 30% d’insatisfaits parmi les patients) à l’égard de la téléconsultation ?

D’abord, par la « technique ». C’est le principal vecteur de la satisfaction/de l’insatisfaction des patients et des soignants à l’égard de la télémédecine et la principale raison de non-usage des professionnels qui n’y ont jamais eu recours.

Ensuite, en misant sur une bonne information des soignants et notamment des médecins. L’enquête montre que le médecin aura un rôle décisif dans le développement futur de la téléconsultation, 62% des Français affirmant qu’ils suivraient son avis s’il leur proposait d’y recourir.

Si les médecins pouvaient aussi convaincre leurs patients que la télémédecine ne déshumanise pas leur relation (crainte souvent évoquée) et qu’elle est bien aussi efficace qu’une consultation présentielle (les Français ne le pensent pas), nul doute que cela doperait encore les usages…

10 points clés du Baromètre Télémédecine

  1. Connaissances des Français et des soignants sur la télémédecine et ses avatars

Les notions nouvelles de télémédecine, téléconsultation, télé-expertise et télésurveillance médicale sont toutes largement connues : 8 Français sur 10 connaissent la télémédecine et la téléconsultation et 6 sur 10 la télé-expertise et la télésurveillance médicale.

Elles suscitent déjà l’attrait de nombreux Français : 4 sur 10 souhaiteraient ainsi avoir recours à la télémédecine. Les Professionnels de Santé sont encore plus positifs que la population générale : ils connaissent presque tous (84% à 98%) toutes les dimensions de la télémédecine et pensent que c’est une bonne chose pour la qualité des soins (56% à 85%) et 1 sur 2 souhaite recourir à la télémédecine et la téléconsultation.

  1. Opinion globale et image détaillée de la télémédecine

Plus globalement, les Français (60%), et plus encore les professionnels de santé (70%) ont une bonne opinion globale de la télémédecine.

En revanche, s’agissant de l’image détaillée auprès des Français et des patients, une certaine ambivalence demeure. Elle jouit de nombreux traits d’image positifs (les diverses qualités testées sont reconnues par 63% des Français) mais elle pâtit de tout autant de défauts perçus (66% lui attribuent les défauts testés).

En résumé, la télémédecine ferait gagner du temps à la fois au patient (65%) et au médecin (72%), mais, en même temps elle déshumaniserait la relation entre eux (75%). Les professionnels de santé partagent cette vision ambivalente, même si, auprès d’eux, le positif l’emporte le plus souvent sur le négatif : 66% sont d’accord avec les qualités testées et 60% avec les défauts.

Néanmoins, visiblement, dans leur pondération, Français et soignants accordent une plus grande importance aux qualités plutôt qu’aux défauts, puisque globalement, leur image de la télémédecine est positive (60%).

D’ailleurs, le regard porté par les Français et les professionnels de santé sur les grandes évolutions pouvant survenir s’agissant de la santé témoigne aussi de leur assez grande ouverture aux nouvelles technologies : 5 sur 7 suscitent plus d’espoir que de crainte. Mais les craintes subsistent sur les consultations et surtout les opérations à distance.

  1. Perception sur le coût de la télémédecine

S’agissant du prix de la télémédecine, patients et soignants sont assez bien avisés : Une large majorité de Français (74%) et de professionnel de santé (91%) savent que les actes de téléconsultation sont bien remboursés par l’assurance maladie.

Les Français savent aussi que le coût d’une téléconsultation pour les patients est le même que celui d’une consultation classique, ou en tout cas, n’est pas plus chère (24% le pensent encore).

  1. Usage de la téléconsultation : 6% des Français et 13% des médecins l’ont déjà testée

6% des Français ont déjà expérimenté la téléconsultation et 14% y ont été exposés, soit en s’en voyant proposer une, soit en ayant un proche qui l’avait expérimentée. 9% des professionnels de santé et 13% des médecins ont déjà fait (au moins) une téléconsultation avec l’un de leurs patients.

En moyenne les médecins ayant pratiqué la téléconsultation ne se sont pas contentés d’une expérience et ont effectué 22 téléconsultations avec leurs patients. 21% en ont même effectué plus de 30… mais à l’inverse, 4 sur 10 en ont effectué entre 1 et 5, signe que l’expression « la téléconsultation, l’essayer, c’est l’adopter » ne s’applique pas (encore) à tous les médecins l’ayant testée.

D’ailleurs, seulement un sur deux (51% vs 47%) dirait que « la téléconsultation est désormais inscrite » dans leurs pratiques.Les soucis techniques pointés par les utilisateurs expliquent sans doute que la téléconsultation ne soit pas d’avantage inscrite dans les pratiques futures des professionnels de santé.

  1. Etat des lieux de la téléconsultation aujourd’hui : comment et pour qui est-elle mise en place ?

Pour ceux qui l’ont testée, le plus souvent, la téléconsultation a eu lieu au domicile du patient (57%). Les établissements de santé (27%) et la maison de retraite (22%) constituent les autres lieux privilégiés.

Le plus souvent, les soignants ont utilisé un outil de vidéotransmission proposé par une plateforme (45%) ou ont procédé par webcam et téléphone (35%).

Mais les outils grand public comme les applis Skype, WhatsApp ou FaceTime sont en train de percer aussi puisque plus d’un quart des soignants (27%) ont utilisé ces outils.

Pour qui se font les téléconsultations ? Les types de patients les plus souvent privilégiés sont ceux qui habitent loin (49%) ou ne peuvent guère se déplacer (27% pour « les patients se déplaçant avec peine » et 22% pour ceux « hospitalisés ou hébergés en EHPAD »). La nécessité l’emporte donc largement sur le confort.

  1. La téléconsultation satisfait les patients (71%) et plus encore les professionnels de santé (86%) qui l’ont expérimentée

C’est évidemment très encourageant, mais avec 29% de mécontents des progrès sont toutefois possibles auprès de la population générale. La « technique » est le principal vecteur de la satisfaction/de l’insatisfaction des patients à l’égard de la télémédecine.

Ainsi, les deux principaux motifs de satisfaction à l’égard de la téléconsultation sont : « ça marche » (36% des Français expliquent leur satisfaction en disant que « tout a bien fonctionné ») et « c’est pareil qu’une consultation normale » (29% dit avoir été « à l’aise comme dans une consultation en présentiel »).

A l’inverse, les problèmes techniques et de confidentialité constituent les principaux motifs d’insatisfaction auprès des personnes ayant une mauvaise expérience.

Résoudre ces deux problèmes est donc techniquement tout à fait possible et redresserait encore le niveau global de satisfaction sur la téléconsultation auprès des patients. Il en serait de même auprès des soignants. Ainsi notre crible de satisfaction détaillée des professionnels de santé à l’égard de la téléconsultation montre qu’il existe déjà des possibilités d’amélioration sur le plan technique : Même s’ils sont beaucoup plus satisfaits des aspects techniques, avec plus de 63% de satisfaction, les professionnels de santé utilisant la téléconsultation reconnaissent aussi des problèmes techniques liés au son (25%), à l’image (33%) et à la connexion (33%).

Réciproquement/inversement, le fait qu’ils ne disposent pas des outils nécessaires est la première raison (1ère avec 50%, soit 13pts devant la 2ème raison citée) évoquée par les professionnels de santé qui n’ont pas encore utilisé la téléconsultation.

C’est une bonne nouvelle : D’abord parce qu’en n’imputant plus cela à leurs patients (5% seulement justifient ainsi leur non-usage), cela prouve que les professionnels de santé ne se mentent pas/ou plus. Et ensuite, parce que les moyens techniques sont quelque chose de facile à changer.

  1. Futur radieux pour la téléconsultation : les deux-tiers des médecins actuellement non-utilisateurs pensent qu’ils utiliseront la téléconsultation à l’avenir

Les professionnels de santé actuellement réfractaires à la téléconsultation savent bien que cette pratique est vouée à se développer à l’avenir. Ainsi, 60% d’entre eux – 64% auprès des médecins – prévoient de recourir à la téléconsultation à l’avenir.

En outre, ils anticipent un usage potentiellement très large en termes de patientèle : à part les patients très âgés, les professionnels de santé sont persuadés que la téléconsultation pourrait bien correspondre à de très nombreuses catégories de patients, et, notamment à ceux qui ont des difficultés à se déplacer.

Mais inversement, les soignants sont persuadés que de nombreux types de patients particuliers devraient être « exclus » de la téléconsultation : nourrissons et enfants, femmes enceintes, patients déments ou traumatisés ne seraient pas selon eux de bons candidats à la téléconsultation.

  1. Pour quelles consultations Français et professionnels de santé envisagent-ils le plus le développement de la téléconsultation ?

Français et professionnels de santé envisagent de très nombreux cas de figure concrets pour lesquels la téléconsultation pourrait être bien adaptée, notamment les actes particulièrement bureaucratiques ou répétitifs.

Trois grands types de consultations semblent faire particulièrement sens pour la téléconsultation, tant du point de vue des Français que des soignants : Pour renouveler une ordonnance (79% auprès des Français et 70% auprès des professionnels de santé) et/ou obtenir d’autres papiers administratifs (81% auprès des Français), pour obtenir des informations ou poser des questions à son médecin (79% et 82%) et enfin, pour échanger des informations sur des résultats d’examens (74% et 84%).

Mais la téléconsultation est aussi perçue par les Français et leurs soignants comme étant bien adaptée à un patient présentant des symptômes léger (71% et 59%)… ou encore pour une surveillance après 2 jours de traitement (66% et 69%).

En revanche, la téléconsultation n’est pas perçue par les soignants comme étant bien adaptée à la gestion de la douleur (35% seulement) pour laquelle le présentiel semble s’imposer à leurs yeux.

  1. Le rôle des soignants dans le développement de la téléconsultation

Tous les professionnels de santé (92% des infirmières et 82% des médecins) sont convaincus de l’intérêt qu’il y aurait à ce qu’un professionnel accompagne le patient pendant une téléconsultation.

Les soignants pensent que cela rassurerait ou aiderait le patient, mais surtout, ils sont convaincus que cela pourrait bien les aider eux-mêmes en leur permettant de compléter les actes de soins.

  1. Le médecin aura un rôle prescripteur décisif sur le développement de la téléconsultation

Une chose est sûre en tout cas, le médecin aura un rôle décisif dans le développement futur de la téléconsultation : 62% des Français suivraient son avis s’il lui proposait d’y recourir.

C’est dans le sud de la France que les Français seraient les plus certains de dire oui (20 à 21% contre 15% à 18% dans le centre et le nord de la France).

La confiance qu’on lui témoigne est la principale raison de suivre l’avis de son médecin pour accepter une téléconsultation. Cette confiance patient-médecin l’emporte largement sur toutes les autres considérations – y compris la praticité liée à la distance – pouvant légitimer de suivre un tel avis.

Inversement, c’est le côté trop « impersonnel », le fait de déshumaniser la relation qui inciterait le plus les patients à refuser de suivre une recommandation de téléconsultation de la part de leurs médecins.

Notre baromètre pointe enfin un dernier élément d’amélioration susceptible de favoriser le développement de la téléconsultation : assurer qu’elle aurait une efficacité comparable à une consultation physique.

En effet, quelle que soit l’appétence actuelle des Français pour la téléconsultation et leur ouverture à celle-ci, 61% d’entre eux ne pensent pas que la téléconsultation est aussi efficace qu’une consultation physique.

Source : Agence du Numérique en Santé, Odoxa