Le 17 décembre dernier se tenait le 14ème Conseil du Numérique en Santé (CNS). À mi-parcours de la feuille de route 2023-2027, la Délégation au Numérique en Santé (DNS) et l’ANS ont dressé un bilan de l’année écoulée et dévoilé les chantiers structurants pour 2026, marqués par une réorganisation de la gouvernance et un focus majeur sur l’usage à l’hôpital.
La transformation numérique du système de santé français continue sa progression. Lors de cette 14ème édition, Hela Ghariani et David Sainati, co-responsables du numérique en santé, ont insisté sur le passage d’une phase de construction à une phase d’ancrage des usages.

L’une des annonces les plus structurantes concerne l’évolution du pilotage stratégique du secteur. L’année 2026 signera la fin du Comité Stratégique des Données de Santé sous sa forme actuelle, ses travaux étant désormais directement intégrés et poursuivis au sein du Comex du CNS. Cette fusion vise à rationaliser les instances de décision pour mieux aborder les chantiers prioritaires du prochain semestre.
Le programme de travail s’articulera notamment autour de la régulation, incluant la stratégie de cybersécurité et la portabilité des données, ainsi que sur l’innovation avec un focus particulier sur les Systèmes d’Aide à la Décision Médicale (SADM) et l’intégration de l’intelligence artificielle dans Mon espace santé. Par ailleurs, une large part des réflexions sera consacrée à l’Espace Européen des Données de Santé (EEDS), avec des travaux prévus sur sa gouvernance, le rôle des organismes responsables et la sensibilisation des citoyens.
Sur le terrain, la question de la portabilité des données, véritable irritant historique pour les médecins libéraux désireux de changer de logiciel métier, a fait l’objet d’avancées majeures. Un groupe de travail réunissant les éditeurs (FEIMA), les professionnels de santé et les pouvoirs publics a présenté des conclusions visant à rendre la portabilité effective et non plus théorique. Pour sortir des situations de blocage, il a été décidé de définir un périmètre « pivot » de données dont l’export sera obligatoirement gratuit et devra être réalisé dans un délai maximum de 30 jours. Ces règles communes, qui distinguent clairement ce socle obligatoire des données optionnelles, ont vocation à être inscrites dans un référentiel technique opposable afin de garantir la continuité des soins et de restaurer la confiance entre les médecins et leurs éditeurs logiciels.
L’autre grand chantier abordé est celui de l’usage du numérique à l’hôpital, où la consultation du Dossier Médical Partagé (DMP) reste un défi ergonomique pour les soignants. Pour y remédier, les pouvoirs publics misent sur le programme « HospiConnect », qui couvre la période 2026-2028. L’objectif est de déployer massivement des moyens d’identification électronique sécurisés mais fluides.
Concrètement, le dispositif cible une authentification forte (à deux facteurs) requise toutes les quatre heures, permettant ensuite aux soignants de naviguer sans contact et sans réauthentification au sein du système d’information hospitalier et vers les services nationaux comme le DMP. Ce dispositif s’appuiera dès le début de l’année 2026 sur le nouveau service socle Pro Santé Identité et vise une généralisation à tous les professionnels d’ici la fin de l’année 2028.
Ces évolutions techniques et organisationnelles trouvent une application concrète dans le parcours périnatalité, érigé en cas d’usage prioritaire. Un appel à projets a d’ores et déjà permis de sélectionner 17 établissements, dont l’Hôpital Paris Saint-Joseph, pour expérimenter la dématérialisation complète du parcours. L’ambition est d’alimenter automatiquement Mon espace santé, qui devient de facto le carnet de santé numérique de l’enfant, et de dématérialiser les certificats de santé (CS8) ainsi que les données relatives à l’identité des nouveau-nés. Cette dynamique est déjà enclenchée, puisque plus de 51 000 parcours « grossesse » ont été initiés dans Mon espace santé depuis son ouverture en juillet 2025.
Au-delà des projets, les indicateurs présentés lors de ce conseil confirment une accélération de l’adoption des outils numériques. L’alimentation de Mon espace santé a atteint un rythme de croisière impressionnant de 509 millions de documents par an en octobre 2025. Du côté des usages, la consultation de ces dossiers par les professionnels de santé progresse également, avec près de 900 000 documents consultés par mois, principalement par la médecine de ville. L’Appli Carte Vitale, dont la généralisation à la France entière est effective depuis le 18 novembre 2025, a déjà séduit plus de 1,8 million d’utilisateurs. Enfin, le Service d’Accès aux Soins (SAS) couvre désormais 96 départements, touchant ainsi 97 % de la population française. Ces résultats marquent une étape de maturité importante avant le prochain rendez-vous du CNS, fixé au 18 juin 2026.
Source : Délégation au Numérique en Santé

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