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Téléconsultation en France : l’étude de la DREES confirme un usage “installé”… mais très inégal

par Rémy Teston

La téléconsultation s’est imposée comme un réflexe depuis la crise Covid-19. Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui, et qui l’utilise vraiment ? Eléments de réponse avec une nouvelle étude de la DREES.

Dans une nouvelle publication (Études et Résultats n°1366), la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee)  dressent un état des lieux précis du recours à la téléconsultation en France métropolitaine et met en évidence une réalité : ce sont d’abord les jeunes, les diplômés et les habitants des grandes villes qui téléconsultent le plus.

Après un pic historique en 2020, la téléconsultation s’est stabilisée à un niveau plus bas. La DREES rappelle qu’en 2023, les médecins généralistes libéraux ont réalisé 5,4 millions de téléconsultations, soit 2,2 % de l’ensemble des consultations (contre 3,0 % en 2022 et 3,7 % en 2021). Autrement dit : la téléconsultation s’inscrit dans le paysage, mais reste une modalité encore marginale à l’échelle de la médecine de ville.

Premier chiffre clé de l’étude : en 2024, 15 % des personnes de 18 ans ou plus déclarent avoir eu recours à la téléconsultation au moins une fois au cours des 12 derniers mois (et 18 % parmi celles ayant consulté un médecin, en cabinet ou à distance).

Côté usage, la vidéo domine largement :

  • 77 % des téléconsultations déclarées se font uniquement par vidéo
  • 14 % uniquement par téléphone
  • 9 % via les deux modes

Un usage fortement lié à l’âge, au diplôme et au mode de vie urbain

L’étude met en évidence des écarts très nets selon les profils. L’âge est un premier facteur déterminant : 23 % des 18-29 ans déclarent téléconsulter en 2024, tout comme 22 % des 30-44 ans. Ensuite, les taux diminuent avec l’avancée en âge, passant à 14 % chez les 45-59 ans, puis à 6 % chez les 60 ans ou plus, et jusqu’à 4 % chez les 75 ans et plus. Cette courbe reflète à la fois des habitudes de recours différentes et une familiarité variable avec les outils numériques.

Le niveau de diplôme renforce cette lecture. La téléconsultation est plus fréquente chez les personnes les plus diplômées, avec 24 % de recours parmi les titulaires d’un diplôme Bac+3 ou plus. À l’autre extrémité, la pratique est bien moins répandue chez les personnes peu ou pas diplômées, pour lesquelles la DREES relève un taux de 5 %. Entre les deux, les titulaires d’un CAP/BEP se situent autour de 10 %. Le numérique en santé apparaît ici comme un révélateur d’inégalités d’accès, d’usages et de confiance.

Enfin, la dimension territoriale réserve une surprise : la téléconsultation est d’abord une pratique des grandes villes. La DREES observe 21 % de recours dans les grands centres urbains, contre des niveaux plus bas dans le rural, autour de 9 à 11 % selon les catégories de communes. Le constat est d’autant plus intéressant que l’opinion associe souvent téléconsultation et lutte contre les déserts médicaux. L’étude note bien un recours légèrement plus élevé dans les communes sous-dotées en médecins généralistes, avec 17 %, mais cela ne suffit pas à inverser la tendance générale : l’adoption reste plus élevée là où l’offre de soins est déjà dense.

Téléconsulter, d’abord pour obtenir un rendez-vous plus vite

Du côté des motivations, la téléconsultation apparaît moins comme un choix de confort que comme une réponse à la tension d’accès. Parmi les personnes ayant téléconsulté, 43 % invoquent des délais d’attente trop longs pour obtenir un rendez-vous en présentiel. Un tiers évoque une situation jugée urgente, et 20 % déclarent y recourir pour un renouvellement d’ordonnance ou l’obtention d’un certificat médical. L’image qui se dessine est celle d’un outil utilisé pour “débloquer” une situation, accélérer une prise en charge, ou simplifier un acte jugé administratif.

À l’inverse, chez celles et ceux qui n’ont pas téléconsulté malgré une consultation médicale dans l’année, la raison la plus fréquemment avancée est très simple : une préférence pour la consultation en cabinet. La DREES rapporte que 67 % disent préférer se rendre sur place. Viennent ensuite deux freins d’ampleur comparable : pour 25 % des répondants, leur médecin ne propose pas la téléconsultation, et pour 25 %, les symptômes nécessitent selon eux d’être vus physiquement. La limite n’est donc pas seulement technique, elle est aussi clinique et relationnelle.

Une opinion partagée : utile pour l’accès, mais inquiétante pour la relation et les données

Au-delà des usages, l’étude éclaire la perception de la téléconsultation à partir du Baromètre DREES 2023. Les Français reconnaissent très largement l’intérêt organisationnel du dispositif : 73 % estiment qu’il peut contribuer à lutter contre les déserts médicaux, et 73 % y voient aussi une solution pour désengorger les services d’urgence. Mais cette adhésion cohabite avec de fortes réticences. Plus de huit personnes sur dix jugent que la téléconsultation déshumanise la relation entre patient et médecin. Par ailleurs, plus de six sur dix considèrent qu’elle accroît le risque de fuite de données de santé, signe que la confiance numérique reste un sujet central, y compris lorsque l’utilité est reconnue.

Lorsqu’on interroge les attentes de régulation, un clivage apparaît entre l’ensemble de la population et les personnes qui téléconsultent. Dans l’opinion générale, 42 % estiment que la téléconsultation devrait être autorisée uniquement avec le médecin traitant. 31 % accepteraient qu’elle soit possible avec un médecin déjà consulté auparavant, et 27 % seulement considèrent qu’elle devrait être accessible avec n’importe quel médecin. Les télépatients, eux, se montrent plus ouverts : 46 % sont favorables à la téléconsultation avec n’importe quel médecin. Ce décalage suggère que l’expérience concrète du service rend plus tolérant aux formes “à la demande”, tandis que le grand public privilégie un modèle ancré dans une relation de suivi.

Au final, l’étude de la DREES confirme une double réalité. D’un côté, la téléconsultation est désormais un usage installé, principalement en vidéo, qui répond à un besoin d’accès dans un système sous tension. De l’autre, elle reste socialement et territorialement inégale, davantage adoptée par les jeunes, les personnes diplômées et les habitants des grandes villes, et elle se heurte à des freins puissants liés à la préférence pour le présentiel, à la nécessité clinique de l’examen et à la confiance, notamment sur la confidentialité des données.

Pour les acteurs du numérique santé, le message est clair : la prochaine étape n’est pas seulement d’augmenter les volumes, mais de mieux cibler les usages pertinents, de réduire la fracture numérique, d’améliorer l’expérience patient et de renforcer la confiance par des garanties visibles de sécurité et de qualité de prise en charge.

Source : DREES

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