Avec le lancement de Veeva Falcon, sa nouvelle plateforme d’IA agentique dédiée au développement de médicaments, et l’extension de ses solutions IA au sein de Vault, Veeva entend accélérer la transformation numérique des sciences de la vie. L’éditeur cloud confirme ses ambitions dans une industrie biopharmaceutique en quête de productivité, de conformité et de nouveaux leviers d’innovation. Entretien avec François Caijo, représentant de Veeva Systems pour la France, spécialiste des sujets de R&D et Qualité chez Veeva, pour décrypter cette nouvelle étape.
François, Veeva vient d’annoncer Falcon, présentée comme une plateforme agentique dédiée au développement de médicaments. Pourquoi ce lancement marque-t-il une étape stratégique pour Veeva et pour l’industrie biopharmaceutique ?
L’IA est au centre de toutes les conversations depuis maintenant, un certain nombre de mois, voire d’années. Il y avait une stratégie initiale de la part de Veeva, qui était bien entendu d’aller dans l’IA, mais de prendre le temps pour consolider au maximum les besoins de notre industrie.
Nous avons annoncé, maintenant il y a quelques mois, la volonté de Veeva, de se lancer très fortement et d’investir dans l’IA avec un objectif clair : proposer à nos clients un certain nombre d’agents pour gagner en productivité via les plateformes Veeva Vault. Nous déployons Vault AI, une IA agentique intégrée à la plateforme Vault ainsi que les agents applicatifs spécialisés par métier au sein des applications Veeva.
Notre stratégie est multiple et dans ce cadre nous avons lancé Falcon, une plateforme agentique et le jeu d’agents standards dédiés aux principaux processus du développement de médicaments, fonctionnant en synergie avec les applications clinique, réglementaire et sécurité de Veeva.
Il s’agit donc d’une plateforme multi-agents qui va permettre de faire et d’automatiser des processus qui étaient essentiellement gérés aujourd’hui manuellement comme la revue documentaire ou la compilation d’informations.
Au niveau clinique par exemple, Falcon permet l’intégration des documents du dossier permanent de l’essai clinique (TMF document intake) et le contrôle qualité. En pharmacovigilance, on va pouvoir automatiser la remontée des cas avec bien sûr une vérification nécessaire mais cela va permettre un gain de temps non négligeable.
Cette solution a été développée à la fois pour suivre l’évolution technologique, mais surtout pour répondre aux problématiques rencontrées par certains de nos clients. L’objectif est de réduire les coûts, d’accélérer les délais et de garantir la conformité.
En parallèle de Falcon, nous proposons des agents IA, baptisés Vault AI, dans des domaines applicatifs relatifs à un métier, créés à partir de cas d’usages chez nos clients : qualité, réglementaire, safety, clinique. Il s’agit donc d’agents métier, spécialisés.
Pour schématiser on a donc des agents spécialisés avec Vault AI et Falcon qui va permettre au travers des processus inter-métier de développer des activités automatisées.
Sur les activités réglementaires, comment Falcon peut-il fluidifier les échanges avec les autorités de santé tout en garantissant la traçabilité et la conformité ?
Nous savons qu’il y a énormément de questions derrière l’IA, sur la qualité de ce qui va être produit, l’utilisation des prompts ou la génération automatique d’un certain nombre de contenus.
L’intérêt de notre plateforme Vault est que les agents vont aller interroger, automatiser un ensemble d’éléments qui sont déjà qualitativement rodés. Les fondations Veeva sont saines dans tout ce qui est workflow, auditabilité et traçabilité. Les agents ne vont faire que s’appuyer sur la plateforme déjà bien rodée.
Alors, bien sûr, le développement des agents en tant que tel suit un processus de validation et un processus qualitatif comme n’importe quel autre développement informatique.
Après, la question qui se pose, c’est la capacité de l’IA à générer de la qualité. On connaît les problématiques d’hallucination, on connaît les problématiques d’information un peu erronées, d’où l’intérêt également d’aller dans Vault, parce qu’on a un très gros volume d’informations.
Elle est donc qualitative et volumineuse. L’algorithme ou les prompts qui tournent à partir de nos agents, vont progressivement au fil du temps être de plus en plus qualitatif.
Dans cette industrie on observe des niveaux de maturité différents autour de l’IA, comment vous les accompagner au-delà du déploiement de vos solutions ?
Il y a encore quelques mois, les projets autour de l’IA partaient un peu dans tous les sens. On observe maintenant une vraie prise de conscience chez nos clients de bien définir le besoin pour plusieurs raisons. Sans bien cadrer le besoin il y a des risques en termes de génération d’insights venant de l’IA.
Dans tous les cas, il y a besoin d’un contrôle, le fameux « human in the loop ». Il s’agit de se dire que l’IA génère quelque chose mais quel va être le niveau d’implication de l’être humain dans la vérification et dans l’acceptation de la qualité générée par l’IA.
L’IA va changer la façon d’opérer dans les processus clés de l’industrie pharmaceutique donc comment on adresse ce changement dans les métiers. Pour répondre à cette problématique, nous avons une équipe en interne de business consulting qui sur chaque programme IA propose un accompagnement dans la génération des éléments via l’IA et dans les processus métier qui vont être impactés.
Plusieurs grands acteurs pharmaceutiques ont déployé leurs stratégies IA et disposent de leurs propres modèles. Comment vos solutions s’intègrent avec les éléments en place ?
Nous délivrons des agents standards qui sont définis à partir des besoins exprimés de nos clients mais il y a la possibilité aussi à des composants IA externes de se connecter à la plateforme Vault. C’est ce que l’on appelle des custom agent et nos clients ont la possibilité de créer leurs propres agents en utilisant la plateforme IA de Veeva.
En mai dernier, le Veeva R&D and Quality Summit Europe a réuni plus de 1 600 participants des domaines clinique, réglementaire, sécurité et qualité. Quels grands enseignements retenez-vous de cette édition ?
Un des premiers enseignements est que tout le monde cherche à gagner de la productivité, à réduire les temps de cycle.
Et l’IA est au centre de tout : dans les discussions, comment identifier les bons leviers, identifier les bons cas d’usage pour utiliser l’IA… Et derrière cela la question de comment placer l’IA au centre des organisations.
Beaucoup de questions également autour de l’impact organisationnel, l’impact culturel, l’impact générationnel. Nous sommes à la croisée des chemins entre prise de conscience et capacité à utiliser l’IA.
Ce qui ressort, c’est une réelle prise de conscience de construire avant tout des fondations, un socle solide en termes d’applicatifs et c’est ce que Veeva propose au travers de la plateforme avec toutes les briques interconnectées qui sont qualitatives.
Un autre enseignement est la question du business model et des coûts. Il y a des gains en productivité mais quid de combien l’IA va coûter. En termes de puissance informatique, via les token, cela va générer des coûts supplémentaires.
Les grands groupes pharmaceutiques ne sont pas les seuls concernés par cette révolution technologique. Comment Veeva rend-elle ces innovations accessibles aux biotechs ou aux entreprises de taille intermédiaire ?
Notre stratégie IA s’adapte à tous nos clients, quelque soit la taille de la structure en s’adaptant aux moyens de chacun.
Vault AI est positionné pour les entreprises des sciences de la vie de toutes tailles, et sa tarification basée sur l’utilisation permet aux clients de démarrer et d’évoluer au fil du temps. Falcon s’adresse également aux entreprises biopharmaceutiques de toutes tailles.
Nous adaptons l’accompagnement en fonction du besoin. Une start-up peut utiliser Facon ou Vault AI de la même façon qu’une big pharma.
À horizon trois à cinq ans, quelle est votre vision de Veeva : une entreprise cloud pour les sciences de la vie, une plateforme IA sectorielle, ou les deux à la fois ?
Veeva a pour objectif de devenir la référence dans le domaine pharmaceutique en termes d’applicatifs technologiques pour mieux développer des médicaments. En tant qu’entreprise d’intérêt public, Veeva a un engagement d’obligation de résultats vis-à-vis de l’industrie. C’est une des valeurs fortes de l’entreprise.
Notre objectif est que dans 5 ans, 10 ans, 20 ans, les utilisateurs et personnes travaillant dans la pharma voient Veeva comme un acteur reconnu, de référence. Une ambition amplifiée par notre stratégie IA et son architecture robuste autour de briques solides interconnectées.
Entretien réalisé en partenariat avec Veeva Systems