France Biotech présente un Plan d’Accélération de l’Innovation en Santé articulé autour de 11 propositions. L’association veut mieux transformer l’excellence scientifique française en valeur médicale, économique et industrielle, tout en facilitant le développement des entreprises HealthTech et l’accès des patients aux innovations. Décryptage.
Comment mieux convertir la qualité de la recherche française en innovations disponibles pour les patients et en activité industrielle sur le territoire ? C’est l’objectif du Plan d’Accélération de l’Innovation en Santé présenté le 11 septembre 2026 par France Biotech.
L’association, qui représente les entrepreneurs de l’innovation en santé, formule 11 propositions opérationnelles, réparties en trois grandes priorités : accélérer le passage de la recherche fondamentale à la recherche appliquée, renforcer l’accompagnement des entreprises tout au long de leur développement et sécuriser l’accès des patients aux innovations.
Le constat dressé par France Biotech est contrasté. La France dispose d’un écosystème HealthTech de près de 2 800 entreprises, représentant 80 000 emplois directs, et ces entreprises consacrent 64 % de leurs dépenses à la R&D. Mais l’association estime que cette dynamique scientifique et entrepreneuriale ne se traduit pas encore suffisamment en création de valeur économique et industrielle sur le territoire.
Pour étayer son diagnostic, France Biotech pointe plusieurs indicateurs. Selon les données reprises dans son communiqué, la France aurait perdu près de 20 % de ses sites de production pharmaceutique entre 2000 et 2015. Parmi les 508 médicaments autorisés en Europe entre 2017 et 2022, 48 auraient été fabriqués en France, contre 122 en Allemagne.
L’association souligne également le recul de la France dans la recherche clinique industrielle, le pays étant désormais classé au quatrième rang européen, derrière l’Espagne, l’Allemagne et le Royaume-Uni.
Ces constats révèlent une création de valeur insuffisamment captée en France. Transfert de technologies trop lent, difficultés de financement, accompagnement fragmenté, recul des capacités industrielles et accès complexe aux données de santé freinent le développement des innovations et limitent leurs retombées en matière d’activité, d’emplois, d’investissements et de souveraineté sanitaire.
« La France dispose d’une recherche publique particulièrement dynamique, mais elle ne bénéficie pas encore pleinement de la création de valeur liée au développement des innovations. Notre ambition est d’accélérer ce développement afin qu’il profite à la fois à notre économie et aux patients », explique Frédéric Girard, président de France Biotech.
Priorité n°1 : accélérer le transfert de la recherche vers l’innovation
Premier chantier du plan : réduire la distance entre recherche fondamentale et recherche appliquée. France Biotech estime que la transformation des découvertes issues de la recherche publique en innovations médicales reste trop lente. Le communiqué indique notamment que les négociations entre les Offices de transfert de technologie et les PME nécessitent désormais 11,5 mois en moyenne, contre 8 mois en 2020.
Pour accélérer cette étape, l’association propose d’harmoniser et sécuriser davantage les procédures de transfert de technologies, de renforcer la culture économique et entrepreneuriale des chercheurs et de développer les passerelles professionnelles entre secteurs public et privé. L’objectif est de créer un continuum plus fluide entre la découverte scientifique, sa valorisation et la création ou le développement d’une entreprise capable de transformer cette découverte en produit de santé.
Priorité n°2 : mieux accompagner les entreprises HealthTech
La deuxième priorité constitue le volet le plus fourni du plan, avec cinq propositions destinées à accompagner les entreprises depuis leur création jusqu’aux phases clinique et industrielle. L’enjeu financier occupe une place importante. France Biotech indique que 41 % des entreprises HealthTech se déclarent en tension de trésorerie, une situation susceptible de limiter leurs capacités d’investissement, de recrutement et de poursuite des programmes de R&D. L’association propose donc de clarifier le rôle des différents acteurs de l’accompagnement et de mieux cibler et diversifier les financements disponibles.
Elle appelle également à mieux valoriser l’écosystème français des partenaires intervenant dans le développement non clinique et clinique, ainsi qu’à structurer davantage l’accompagnement des entreprises lorsqu’elles entrent dans les phases d’industrialisation. Derrière ces propositions, France Biotech affiche une ambition : conserver davantage d’activités à forte valeur ajoutée en France, depuis le développement clinique jusqu’à la production.
La donnée de santé figure également parmi les principaux leviers identifiés par France Biotech. Le plan propose de faciliter un accès sécurisé et simplifié aux données de santé pour la recherche et le soin. L’association considère en effet les difficultés d’accès aux données comme l’un des facteurs susceptibles de ralentir le développement des innovations. Cette proposition intervient dans un contexte de montée en puissance des entrepôts de données de santé, des infrastructures nationales de données et de la future application du cadre européen relatif à l’Espace européen des données de santé.
Pour les entreprises de la HealthTech, la capacité à accéder à des données de qualité représente un enjeu majeur, notamment pour développer et évaluer des dispositifs médicaux numériques, des solutions d’intelligence artificielle ou de nouvelles stratégies thérapeutiques.
Priorité n°3 : accélérer l’accès des patients aux innovations
Troisième volet du plan : réduire les obstacles qui subsistent entre le développement d’une innovation et sa mise à disposition auprès des patients. France Biotech réclame notamment la mise en place d’une consultation précoce, intégrée et contradictoire réunissant l’ANSM, la Haute Autorité de santé et le Comité économique des produits de santé (CEPS). Une telle organisation viserait à donner davantage de visibilité aux entreprises, en leur permettant d’anticiper plus tôt les attentes réglementaires, médico-économiques et tarifaires auxquelles leurs innovations devront répondre. L’association souhaite parallèlement une mobilisation accrue de la commande publique au bénéfice des innovations en santé.
Enfin, elle appelle à anticiper les évolutions du cadre européen concernant les dispositifs médicaux et les dispositifs médicaux de diagnostic in vitro, afin de faciliter la mise en œuvre des futures simplifications des règlements MDR et IVDR.
Mieux hiérarchiser les innovations à soutenir
Au-delà des onze propositions, France Biotech pose également un préalable : toutes les innovations ne peuvent être accompagnées avec le même niveau de priorité. L’association propose de mieux identifier, dès les phases de transfert technologique, les projets répondant à des besoins de santé publique prioritaires, tout en prenant en compte les domaines d’excellence scientifique français et la compétition internationale.
France Biotech suggère aussi d’associer davantage les citoyens à la définition de ces priorités médicales et technologiques. Des consultations citoyennes pourraient notamment être organisées sous l’égide du Conseil économique, social et environnemental, afin d’éclairer les choix de transfert, de financement et d’accompagnement des innovations.
La particularité du plan proposé par France Biotech tient ainsi à son approche transversale. Plutôt que de concentrer ses propositions sur une seule étape (financement, réglementation ou industrialisation) l’association cherche à intervenir sur l’ensemble du parcours de l’innovation, de la recherche fondamentale jusqu’à son déploiement auprès des patients. L’ambition affichée est de retenir davantage de programmes de développement sur le territoire, d’attirer des capitaux et des compétences, de renforcer les capacités industrielles françaises et, in fine, de consolider la souveraineté sanitaire du pays.
À l’approche des débats budgétaires et des échéances électorales de 2027, France Biotech appelle ainsi les pouvoirs publics à placer l’innovation en santé au cœur des enjeux de compétitivité, d’emploi, d’attractivité et de souveraineté.
Pour l’écosystème HealthTech, le message est clair : la France dispose déjà d’une base scientifique et entrepreneuriale importante. L’enjeu consiste désormais à raccourcir le chemin entre la découverte, l’entreprise, l’industrialisation et l’accès effectif à l’innovation pour les patients.
Source : France Biotech