HUVY : l’IA médicale au service du premier recours dermatologique en pharmacie

Alors que l’accès aux dermatologues reste sous tension en France, la deeptech HUVY veut faire de la pharmacie un nouveau point d’entrée pour le repérage précoce du risque de mélanome. Découverte.

Un an après l’obtention de son marquage CE, la deeptech française HUVY annonce avoir franchi le cap des 14 000 patients pris en charge en officine grâce à sa solution d’intelligence artificielle d’aide à la détection du risque de mélanome. Dans un contexte de pénurie de dermatologues, cette innovation illustre le rôle croissant de l’IA médicale dans l’organisation des parcours de soins.

Répondre à une crise d’accès aux dermatologues

L’accès à un dermatologue est devenu un véritable enjeu de santé publique. En France, la tension sur la démographie médicale complique la prise en charge rapide des lésions cutanées suspectes. Face à un grain de beauté inquiétant ou à une lésion pigmentée, de nombreux patients tardent à consulter, voire renoncent à le faire.

C’est précisément à cette problématique que s’attaque HUVY. Fondée en 2021 par Léonie Schröder et Bryan Boulé, la start-up développe un dispositif médical d’aide à l’orientation dermatologique destiné aux professionnels de santé de premier recours. Sa solution vise à repérer plus tôt les lésions présentant un risque de mélanome, sans remplacer le dermatologue, mais en facilitant l’adressage des patients qui en ont réellement besoin.

HUVY se présente comme le premier dispositif médical certifié CE classe IIb en Europe dédié à l’aide à la détection du risque de mélanome des lésions cutanées pigmentées, utilisé par des professionnels de santé de premier recours.

Une analyse en quelques secondes en officine

Concrètement, le parcours repose sur un geste simple. Lorsqu’un patient présente une lésion cutanée inquiétante, le pharmacien réalise une photo dermatoscopique à l’aide d’un dermatoscope dédié. L’image est ensuite analysée par l’algorithme de HUVY, qui fournit en quelques secondes une évaluation du niveau de risque.

La solution ne pose pas de diagnostic. Elle délivre un indice de risque destiné à aider le professionnel de santé à orienter le patient. En cas de résultat rassurant, le patient peut être informé immédiatement. En cas de doute ou d’alerte, il est orienté vers un dermatologue, avec un courrier d’adressage transmis par voie numérique.

Selon HUVY, 80 % des cas analysés ne présentent pas de signe d’alerte. Autant de situations dans lesquelles une consultation spécialisée peut être évitée pour des lésions bénignes, libérant des créneaux pour les patients à risque. Dans les 20 % de cas restants, l’objectif est d’accélérer l’accès à un avis dermatologique.

14 000 patients déjà pris en charge

Depuis son marquage CE obtenu en 2025, HUVY annonce avoir accompagné plus de 14 000 patients en officine. La start-up indique également avoir formé près de 300 professionnels de santé en France, parmi lesquels des pharmaciens, des médecins généralistes et des services de médecine du travail.

Cette montée en charge s’inscrit dans une évolution plus large du rôle des professionnels de premier recours. Les pharmaciens, déjà engagés dans de nouvelles missions de prévention et de dépistage, peuvent devenir un point d’entrée utile pour repérer les lésions suspectes et orienter les patients vers le bon niveau de prise en charge.

La solution est notamment déployée en pharmacie avec une application associée à un dermoscope, permettant une analyse de lésion pigmentée en moins de 15 secondes et un score de risque en trois niveaux.

Une innovation encadrée sur le plan clinique et réglementaire

L’un des enjeux majeurs de l’IA en santé est sa capacité à passer du stade de la promesse technologique à celui du dispositif médical évalué, encadré et intégré au parcours de soins.

HUVY met en avant une sensibilité de 96 % et une spécificité de 72 %, des performances issues d’études cliniques pré-marché, de surveillance post-marché et d’études en conditions réelles. La solution est certifiée CE IIb au titre du règlement européen sur les dispositifs médicaux, un niveau réglementaire élevé pour une IA médicale utilisée dans un contexte de soins courants. La start-up indique également que son développement est encadré par un comité scientifique indépendant réunissant plusieurs experts en dermatologie, oncodermatologie et IA médicale.

Le principal apport de HUVY réside dans sa capacité à structurer un premier niveau d’orientation. Dans un parcours classique, de nombreuses lésions bénignes peuvent mobiliser des consultations spécialisées, alors que les patients présentant un risque réel doivent parfois attendre plusieurs semaines.

En apportant une évaluation standardisée dès le premier contact avec le système de soins, HUVY entend réduire les pertes de chance. L’enjeu est particulièrement important pour le mélanome : lorsqu’il est détecté tôt, le pronostic est très favorable, tandis qu’un diagnostic tardif peut fortement réduire les chances de survie.

HUVY rappelle qu’environ 18 000 nouveaux cas de mélanome sont recensés chaque année en France et que l’accessibilité à une première évaluation reste déterminante pour accélérer l’orientation vers un avis spécialisé.

Vers une prise en charge par la Sécurité sociale ?

Après cette première phase de déploiement, la prochaine étape annoncée par HUVY concerne l’évaluation en vue d’une éventuelle prise en charge par la Sécurité sociale. Un jalon structurant pour démocratiser l’accès à ce type de dispositif, en particulier dans les territoires où les délais dermatologiques sont les plus longs.

« 14 000 patients pris en charge, c’est la preuve que l’IA médicale peut fonctionner à l’échelle dans le parcours de soins réel, pas seulement dans les études. Notre prochain cap : la prise en charge par la Sécurité sociale, pour faire de ce premier recours dermatologique un standard accessible à tous », souligne Léonie Schröder, cofondatrice et CEO de HUVY. La dirigeante a par ailleurs été distinguée le 30 juin 2026 par TIME France Health parmi les 20 personnalités françaises qui font avancer la santé, dans la catégorie Innovation en dispositifs médicaux.

Avec son positionnement au croisement de l’IA médicale, de la prévention et du premier recours, HUVY illustre une tendance forte de la santé digitale : le passage d’outils technologiques expérimentaux à des solutions intégrées dans les pratiques quotidiennes des professionnels de santé.

L’IA n’a pas vocation ici à remplacer l’expertise médicale, mais à aider à mieux prioriser les patients, à objectiver l’orientation et à fluidifier un parcours de soins sous tension. Dans le cas du mélanome, cette logique peut avoir un impact direct sur le délai de prise en charge, et donc sur les chances de guérison.

Pour HUVY, le cap des 14 000 patients pris en charge marque une étape importante. Il confirme qu’une IA médicale certifiée, utilisée par des professionnels de proximité et pensée pour s’intégrer au parcours de soins, peut devenir un levier concret pour répondre aux défis d’accès à la dermatologie.

Source : Huvy

 

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