Google Ads : les nouvelles règles du jeu pour la santé

Pharmacies en ligne, télémédecine, laboratoires pharmaceutiques, traitements des addictions, santé reproductive… Sur Google Ads, la santé n’est pas un secteur publicitaire comme les autres. Derrière sa politique « Santé et médicaments », Google a construit un véritable système de filtrage mêlant interdictions, certifications et restrictions géographiques. Pour les acteurs de santé, comprendre cette mécanique devient un enjeu d’acquisition à part entière.

Pour une startup de télémédecine, une pharmacie en ligne ou une entreprise proposant un service autour du médicament, être juridiquement autorisé à exercer ne signifie pas automatiquement être autorisé à faire de la publicité sur Google. C’est sans doute le principal enseignement de la politique « Santé et médicaments » de Google Ads : Google ajoute ses propres conditions d’accès à son inventaire publicitaire aux réglementations nationales applicables aux acteurs de santé.

La plateforme explique ainsi que certaines catégories de contenus sont totalement interdites, tandis que d’autres peuvent être promues uniquement par des annonceurs certifiés et dans les pays où Google les autorise. Une politique qui mérite d’être regardée de près tant Google Search occupe une place stratégique dans le parcours numérique des patients.

Google ne régule pas seulement les annonces, mais tout le parcours proposé à l’utilisateur

Une première erreur consisterait à penser que Google analyse uniquement le texte d’une publicité. Pour les services liés aux médicaments sur ordonnance, le groupe précise qu’il peut déterminer si un annonceur entre dans le champ de sa politique en examinant les annonces, le site web ou l’application, mais également les produits et services proposés.

Google indique même adopter une approche prudente lorsque la page de destination semble, directement ou indirectement, faciliter la prescription, la délivrance ou la vente en ligne de médicaments. La distinction est importante.

Une entreprise de santé digitale peut donc être concernée alors même que son annonce ne cite aucun médicament. Une plateforme proposant une consultation médicale susceptible de déboucher sur une prescription, par exemple, peut entrer dans le périmètre des règles relatives aux médicaments sur ordonnance. Pour les directions marketing, la conformité Google Ads ne se limite donc plus à la rédaction du message publicitaire : elle doit être pensée au niveau du parcours utilisateur et du modèle de service lui-même.

Pharmacies en ligne et télémédecine : une publicité possible, mais sous contrôle

Google restreint explicitement la promotion des services associés à la prescription, à la délivrance et à la vente en ligne de médicaments soumis à prescription. Les pharmacies en ligne et les prestataires de télémédecine sont directement cités parmi les acteurs concernés. Ces activités ne sont toutefois pas systématiquement interdites.

Google autorise certains services dans une liste définie de pays, parmi lesquels figure la France, à condition notamment que les annonceurs remplissent les critères applicables et obtiennent la certification requise.

La procédure n’est pas uniforme à l’échelle mondiale. Google précise que les exigences dépendent du pays ciblé et du type d’activité : pharmacie en ligne, télémédecine, traitement des addictions, assurance santé ou encore laboratoire pharmaceutique. Dans certains cas, une accréditation délivrée par un tiers tel que LegitScript, NABP ou G2 peut également être nécessaire avant même la certification Google.

Google devient ainsi une sorte de deuxième porte d’entrée du marché numérique : après l’autorisation réglementaire permettant d’exercer une activité de santé vient éventuellement l’autorisation de la promouvoir sur son écosystème.

En France, une subtilité majeure sur les noms de médicaments

La lecture du règlement réserve une nuance particulièrement intéressante pour les acteurs français. La France figure bien parmi les territoires dans lesquels Google permet la promotion de certains services liés aux médicaments sur ordonnance par des annonceurs certifiés. En revanche, elle ne figure pas dans la liste des pays où les annonceurs certifiés peuvent enchérir sur des mots-clés contenant des termes relatifs à des médicaments sur ordonnance.

Autrement dit, deux niveaux de restrictions se superposent. Un acteur peut être autorisé à promouvoir son service en France tout en restant limité dans sa capacité à utiliser certains noms de médicaments comme leviers d’acquisition sur le moteur de recherche.

Ce détail illustre parfaitement la complexité de la politique Google : la question n’est jamais seulement « Puis-je faire de la publicité ? », mais plutôt « Pour quel service, avec quels mots, dans quel pays et sous quelle certification ? ». Pour les stratégies SEA des acteurs de santé, la différence est considérable.

Le médicament n’est qu’une partie du dispositif

La politique de Google couvre en réalité un ensemble beaucoup plus large d’activités de santé. Elle comprend notamment des règles concernant les médicaments sur ordonnance, les termes associés aux médicaments, les laboratoires pharmaceutiques, les substances non approuvées, certains traitements médicaux, les services de prise en charge des addictions ou encore la santé reproductive.

Google interdit notamment la promotion de certains traitements médicaux spéculatifs ou expérimentaux et encadre également la publicité pour les thérapies cellulaires et géniques. La plateforme entend ainsi limiter l’exposition des utilisateurs à des offres médicales considérées comme insuffisamment établies ou présentant des risques particuliers.

Cette politique va donc au-delà du respect administratif de la réglementation pharmaceutique. Elle traduit aussi un choix éditorial et commercial : Google décide du niveau de risque qu’il accepte sur son réseau publicitaire.

Les addictions : une autre activité ouverte sous certification en France

Le traitement des addictions constitue un bon exemple de ce modèle. Google restreint la publicité pour les services de prise en charge des addictions aux drogues et à l’alcool, mais permet leur promotion dans quelques pays seulement. La France en fait partie, aux côtés notamment de l’Australie, du Canada, de l’Irlande, de la Nouvelle-Zélande et des États-Unis. Les annonceurs doivent cependant être certifiés.

La définition retenue par Google est relativement large : elle peut englober des établissements de traitement, des centres de rétablissement, mais aussi des services de mise en relation ou certains centres d’écoute dédiés aux addictions. Pour les plateformes numériques d’orientation ou de mise en relation, ce point est essentiel : ne pas délivrer directement un soin ne suffit pas nécessairement pour sortir du champ de la politique.

Santé reproductive : la géographie devient déterminante

Les restrictions deviennent encore plus visibles dans le domaine de la santé reproductive. Pour l’avortement, Google applique des règles différentes selon les territoires. En France, les annonces en lien avec l’avortement font partie des contenus que Google n’autorise pas. Dans d’autres pays, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en Irlande, certains annonceurs peuvent diffuser des publicités liées à des requêtes sur les services d’avortement sous réserve de procédures spécifiques de certification et de transparence.

Ce fonctionnement montre jusqu’où peut aller la fragmentation géographique des politiques publicitaires. Une campagne internationale de santé ne peut donc pas être simplement traduite et dupliquée d’un marché à l’autre. L’architecture des campagnes doit intégrer les règles propres à chaque territoire dès sa conception.

Derrière la protection des utilisateurs, un véritable pouvoir de régulation privée

Google justifie ces restrictions par la sécurité des utilisateurs, le respect des réglementations locales et des standards du secteur. L’objectif est compréhensible. La publicité médicale expose à des risques particuliers : médicaments non autorisés, traitements sans preuves suffisantes, promesses thérapeutiques trompeuses ou accès incontrôlé à certains produits.

Mais le dispositif révèle également le rôle croissant des grandes plateformes dans l’organisation économique du secteur de la santé numérique.

Google ne délivre évidemment aucune autorisation d’exercice médical. Pourtant, en contrôlant l’accès à l’un des principaux canaux mondiaux d’acquisition digitale, l’entreprise peut déterminer quels modèles économiques disposent, ou non, d’un accès à sa puissance publicitaire. Une entreprise peut donc être parfaitement licite tout en étant difficilement « marketable » sur Google.

Pour certaines startups dépendantes du Search pour acquérir leurs patients, une modification de politique publicitaire peut avoir des conséquences presque aussi importantes qu’une évolution réglementaire.

Autre enseignement : gérer ces règles uniquement au moment de lancer une campagne est probablement trop tard. Puisque Google analyse les annonces, les pages de destination, le site ou l’application et la nature des services proposés, la conformité publicitaire peut influencer directement la conception du produit et du parcours patient.

Un lien vers une fonctionnalité de prescription, une terminologie pharmaceutique présente sur une page, une activité de mise en relation ou un changement du périmètre des services peuvent suffire à modifier la qualification d’un annonceur. Les équipes marketing, réglementaires, juridiques et produit ont donc intérêt à travailler ensemble.

Pour un acteur de la santé digitale, l’audit Google Ads devrait désormais poser au minimum quatre questions :

  • Que vendons-nous exactement ?
  • Que permet notre parcours numérique ?
  • Dans quels pays faisons-nous de l’acquisition ?
  • Et quelles certifications Google correspondent à notre activité ?

Dernier point à ne pas négliger : cette politique est mouvante. Le centre de règles de Google recense encore plusieurs modifications de ses politiques « Santé et médicaments » au cours de l’année 2026, notamment en avril et en juillet. La conformité n’est donc pas un exercice réalisé une seule fois lors de l’ouverture d’un compte Google Ads.

Pour une entreprise de santé utilisant significativement l’acquisition payante, la veille sur les politiques des plateformes devient une composante à part entière de la veille réglementaire et business.

Google Ads, nouveau passage obligé de la stratégie réglementaire des acteurs de santé ?

La politique « Santé et médicaments » de Google révèle finalement une évolution plus profonde du marché. Entre ce qui est interdit, ce qui nécessite une certification et ce qui dépend du pays ciblé, Google construit son propre cadre d’accès à la publicité médicale.

Pour les acteurs de la santé, trois niveaux de conformité se superposent désormais : la législation, les règles professionnelles et sanitaires, puis les politiques propres aux grandes plateformes numériques. Et ce troisième niveau ne doit plus être sous-estimé.

Car à l’heure où une recherche Google constitue souvent l’une des premières étapes du parcours d’un patient, être autorisé à proposer un service de santé ne garantit plus d’être autorisé à le rendre visible. C’est peut-être là que réside le principal enjeu de cette politique : Google n’est pas devenu un régulateur de la santé, mais son pouvoir sur la distribution numérique lui permet d’imposer, de fait, une couche supplémentaire de règles aux acteurs qui souhaitent accéder aux patients.

Source : Google

 

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