Levées de fonds : la healthtech française confirme son rebond

Après une année 2025 plus contrastée pour le financement de la e-santé, les premiers mois de 2026 confirment un regain d’intérêt des investisseurs pour les solutions de santé numérique et les medtech françaises. Décryptage.

Selon les données relayées par mind Health, les start-up françaises de la e-santé ont levé 158 millions d’euros au premier trimestre 2026, soit déjà 41 % du montant total levé sur l’ensemble de l’année 2025.

Dans ce contexte, quatre opérations récentes illustrent parfaitement les priorités du marché : Sonomind dans la santé mentale par ultrasons, Sêmeia dans la télésurveillance médicale, SquareMind dans l’imagerie dermatologique robotisée et augmentée par IA, et Axomove dans la rééducation numérique. À elles seules, ces levées représentent plus de 60 millions d’euros de financements, avec des projets très différents mais un point commun : apporter des preuves cliniques, passer à l’échelle et s’inscrire durablement dans les parcours de soins.


Sonomind lève 20 millions d’euros pour traiter la dépression résistante par ultrasons

La medtech parisienne Sonomind annonce une Série A de 20 millions d’euros, menée par Critical Path Ventures et Bpifrance, via les fonds French Tech Seed et Deep Tech 2030 opérés pour le compte de l’État dans le cadre de France 2030. Cette opération doit permettre à la start-up d’entrer dans une phase clinique et industrielle décisive, avec des essais randomisés, en double aveugle et multicentriques, en vue d’une autorisation de mise sur le marché à l’horizon 2029.

La société développe une approche non invasive et indolore fondée sur des ultrasons focalisés de faible intensité, destinée en priorité aux patients atteints de dépression résistante. L’enjeu est majeur : Sonomind estime que 30 à 50 % des personnes vivant avec une dépression dans le monde ne répondent pas suffisamment aux traitements existants. Sa technologie permet de stimuler des zones cérébrales impliquées dans les troubles psychiatriques, sans chirurgie, sans implant et sans hospitalisation.

Issue de 25 ans de recherche menée au sein de l’Institut Physique pour la Médecine, impliquant l’Inserm, l’ESPCI Paris-PSL et le CNRS, la technologie de Sonomind dispose déjà de premiers signaux cliniques prometteurs. Des résultats obtenus à l’hôpital Sainte-Anne et publiés en 2025 dans Brain Stimulation font état d’une réduction de plus de 60 % de la sévérité des symptômes après cinq jours de traitement consécutifs, sans effet indésirable significatif rapporté.

Au-delà de la dépression résistante, Sonomind entrevoit des applications potentielles dans d’autres troubles neurologiques et psychiatriques : anxiété, addictions, maladie de Parkinson, tremblements essentiels, récupération post-AVC ou douleurs chroniques. Cette levée confirme ainsi l’intérêt croissant pour les solutions de neuromodulation non invasive, à la frontière entre deeptech, medtech et santé mentale.


Sêmeia lève 21 millions d’euros pour faire de la télésurveillance multi-pathologie un standard

Autre opération majeure : Sêmeia, acteur français de la télésurveillance médicale, boucle un tour de financement de 21 millions d’euros auprès de fonds européens. L’entreprise, fondée à Toulouse en 2017, veut étendre l’usage de sa plateforme MedicWise à de nouvelles pathologies, renforcer ses capacités d’innovation autour de la donnée et de l’intelligence artificielle, et poursuivre sa stratégie de croissance externe.

Sêmeia revendique aujourd’hui plus de 35 000 patients suivis dans 500 établissements de santé, ce qui en fait une solution de référence en télésurveillance multi-pathologie en France. MedicWise est déjà utilisé en néphrologie, transplantation, santé mentale et cardiologie, avec une collecte structurée des données de santé ambulatoires et la génération d’alertes ciblées selon le profil des patients.

La société met en avant des résultats particulièrement significatifs en néphrologie : une réduction de 26 % des hospitalisations et une diminution de 73 % du temps médical. Elle souligne également qu’environ un tiers des patients suivis vivent dans des déserts médicaux, ce qui positionne la télésurveillance comme un levier concret de réduction des inégalités territoriales d’accès aux soins.

Avec cette levée, Sêmeia souhaite déployer MedicWise sur de nouvelles indications : troubles bipolaires, dépression, diabète de type 2, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et maladies hépatiques chroniques. La société prévoit aussi d’intégrer progressivement des fonctionnalités d’IA pour améliorer les performances de son logiciel et optimiser l’organisation du suivi médical.

Le tour de table réunit notamment Acton Capital, Mutuelles Impact, Citizen Capital, ainsi que les investisseurs historiques Banque des Territoires et Orange Ventures. Un signal fort pour un segment, la télésurveillance, désormais considéré comme stratégique dans l’organisation du suivi des maladies chroniques.


SquareMind lève 18 millions de dollars pour transformer les examens dermatologiques

Avec 18 millions de dollars levés, incluant une précédente pré-Série A, SquareMind veut accélérer le déploiement de Swan™, sa plateforme d’imagerie corps entier associant robotique et intelligence artificielle. Le tour est mené par le fonds Deep Tech 2030, géré pour le compte de l’État par Bpifrance dans le cadre de France 2030, et par Sonder Capital, fonds californien cofondé par Fred Moll, pionnier de la robotique médicale et fondateur d’Intuitive Surgical. Adamed, Calm/Storm Ventures, Teampact Ventures et plusieurs entrepreneurs participent également à l’opération.

SquareMind répond à un enjeu très concret : la saturation des parcours dermatologiques. L’examen de dépistage est l’un des actes les plus courants en dermatologie, mais la demande dépasse largement les capacités disponibles, avec des délais pouvant atteindre 12 mois selon l’entreprise. Or la documentation complète des lésions cutanées est clé pour faciliter le dépistage précoce, notamment des mélanomes.

Développé avec des dermatologues, Swan™ est présenté comme le premier robot capable de numériser et cartographier, en quelques minutes, l’intégralité de la surface cutanée à très haute résolution dermoscopique. L’acquisition des images est automatisée, intégrée au parcours clinique, puis exploitée par un logiciel d’assistance fondé sur l’IA pour faciliter la revue des images et le suivi de l’apparition ou de l’évolution des grains de beauté. Le dermatologue reste responsable de la décision clinique.

Cette levée doit soutenir la croissance des équipes commerciales, d’ingénierie et de support client, dans la perspective du lancement commercial de Swan™ aux États-Unis et en Europe. SquareMind illustre ainsi l’émergence d’une nouvelle génération de deeptech santé françaises capables de combiner matériel médical, IA, robotique et ambition internationale.


Axomove lève 4 millions d’euros pour accélérer la rééducation numérique

Plus modeste en montant mais très structurante pour le champ de la réadaptation, la levée d’Axomove atteint 4 millions d’euros. Cette Série A est co-dirigée par le Fonds Prévention Numérique, lancé en février 2026 et géré par Bpifrance, et Go Capital, avec Inco Ventures et Faraday Venture Partners.

Fondée à Lille, Axomove développe un dispositif médical numérique de prévention et de rééducation, combinant programmes personnalisés, télésurveillance, téléréadaptation et accompagnement humain. L’entreprise cible notamment les troubles musculosquelettiques, un enjeu majeur de santé publique et de retour à l’emploi.

Les fonds levés doivent financer trois axes : renforcer le développement commercial auprès des entreprises, assureurs et établissements de santé ; étendre le remboursement aux maladies musculosquelettiques et aux maladies métaboliques, dont l’obésité ; enrichir la plateforme grâce à des fonctionnalités avancées comme la captation de mouvement et la gamification.

Axomove revendique 150 clients BtoB, dont Air France, Thalès, Allianz, le CHU de Lille et Ramsay Santé, ainsi que 75 000 utilisateurs. La société, qui compte aujourd’hui une trentaine de salariés, prévoit de doubler ses effectifs d’ici trois ans.

Par ailleurs, la CNEDiMTS a émis un avis favorable à l’inscription dans le droit commun de la solution Axomove Therapy, développée par la société Axomove, pour la télésurveillance médicale des patients adultes atteints de lombalgie commune subaiguë ou chronique après un programme de rééducation fonctionnelle dispensé dans le cadre d’un séjour hospitalier.


Quatre levées, quatre tendances fortes pour la healthtech française

Ces opérations confirment plusieurs dynamiques de fond. D’abord, les investisseurs privilégient des solutions à forte preuve clinique : essais randomisés pour Sonomind, résultats médico-économiques pour Sêmeia, intégration au workflow médical pour SquareMind, remboursement et données d’usage pour Axomove.

Ensuite, la frontière entre medtech, santé numérique et deeptech devient de plus en plus poreuse. Les projets financés ne se limitent pas à des applications de suivi : ils combinent dispositifs médicaux, IA, robotique, données de santé, télésurveillance, capteurs ou neuromodulation.

Troisième signal : la prévention et le suivi hors les murs deviennent des priorités d’investissement. Axomove adresse la rééducation et le retour à l’emploi, Sêmeia la télésurveillance des maladies chroniques, SquareMind le dépistage dermatologique, tandis que Sonomind s’attaque à un besoin non couvert en santé mentale.

Enfin, Bpifrance et France 2030 apparaissent comme des catalyseurs récurrents de ces opérations, aux côtés d’investisseurs privés français, européens et américains. Leur présence souligne l’importance stratégique accordée à l’industrialisation des innovations de santé et à l’émergence de champions européens.


Vers une nouvelle séquence de croissance pour la e-santé française ?

Ces levées ne suffisent pas à elles seules à effacer les tensions observées ces dernières années sur le financement de la santé numérique. Mais elles montrent que les projets capables d’articuler impact médical, robustesse technologique, modèle économique et stratégie réglementaire continuent d’attirer des capitaux.

Pour la healthtech française, l’enjeu des prochains mois sera désormais moins de convaincre sur la promesse que de démontrer la capacité à passer à l’échelle : adoption par les professionnels, intégration dans les parcours, remboursement, preuves en vie réelle et expansion internationale.

Sonomind, Sêmeia, SquareMind et Axomove illustrent cette nouvelle maturité. La e-santé française entre dans une phase où la technologie ne suffit plus : ce sont les solutions capables de transformer concrètement les pratiques médicales, de générer des preuves et de s’inscrire dans les usages qui captent l’attention des investisseurs.

Rémy Teston

 

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