Le collectif MentalTech a dévoilé fin décembre un rapport inédit sur l’usage du numérique et de l’IA par les Français pour leur santé mentale. On observe une adoption significative qui marque une nouvelle ère : celle du soin augmenté, où technologies et accompagnement humain coexistent. Découverte.
Alors que la santé mentale est une nouvelle érigée Grande Cause nationale, les Français amorcent discrètement mais résolument un changement profond dans leur rapport au soin psychique. Ce changement ne se manifeste pas uniquement dans les cabinets médicaux, mais aussi dans les usages numériques du quotidien.
Une révolution silencieuse est en cours : près d’un Français sur deux a déjà eu recours à un outil numérique pour prendre soin de sa santé mentale. Cette réalité s’impose dans un contexte où les dispositifs traditionnels sont saturés, où les délais d’accès aux professionnels peuvent atteindre plusieurs mois, et où les attentes d’une population en souffrance ne trouvent pas toujours de réponse immédiate.
L’étude IFOP menée pour le collectif MentalTech confirme cette tendance : 50 % des Français ont déjà utilisé une application, une plateforme ou un outil digital lié à la santé mentale, et 14 % supplémentaires envisagent de le faire si le besoin se présente. Les jeunes générations en sont les principaux ambassadeurs : 69 % des 18-25 ans ont déjà testé ces outils, avec une appétence marquée pour l’auto-évaluation, le soutien émotionnel et le suivi de leur bien-être mental.
Ce recours au numérique ne se limite pas à des gadgets éphémères. Il répond à des besoins réels, notamment celui d’un accès facilité à l’information et aux soins. Dans un paysage de soins saturé, les plateformes de prise de rendez-vous, les téléconsultations ou encore les objets connectés deviennent des relais incontournables. Le numérique, ici, fluidifie les parcours, désengorge les structures classiques et permet une première approche de l’aide psychologique. Les jeunes, notamment, adoptent massivement cette logique du “quantified mind”, en traquant leur sommeil, leur humeur ou leur niveau de stress à travers des applications ou des capteurs.
Pour autant, les Français n’idéalisent pas ces outils. Si l’adoption progresse, la confiance reste fragile. 86 % des personnes interrogées redoutent les fausses informations ou la mauvaise utilisation de leurs données personnelles. L’intelligence artificielle en particulier, bien qu’utilisée par près de 20 % des répondants, suscite encore une défiance importante. Seuls 17 % jugent ces IA conversationnelles efficaces, malgré un taux de satisfaction élevé parmi ceux qui les utilisent.
Ce paradoxe est au cœur des enseignements de l’étude. Il ne s’agit pas d’un rejet du numérique, mais d’une exigence de sérieux. Les Français attendent des garanties : la présence d’un professionnel de santé en appui, une validation scientifique rigoureuse, et une sécurité des données irréprochable. Le message est clair : le numérique peut jouer un rôle majeur, à condition de ne jamais remplacer l’humain. Les outils numériques sont jugés utiles pour la prévention, l’accompagnement léger ou les premières démarches, mais ils ne sauraient se substituer à une relation thérapeutique, surtout en cas de troubles sévères.
C’est dans ce contexte qu’émerge un modèle hybride, déjà largement plébiscité : celui d’un soin augmenté par le numérique, mais toujours ancré dans l’humain. La téléconsultation, notamment en psychiatrie, s’impose comme une réponse durable, déjà encadrée par la réglementation et bien perçue par les patients. Les outils numériques deviennent alors des leviers complémentaires, capables de maintenir un lien, de renforcer l’autonomie des patients, et de rendre plus accessible un accompagnement psychologique parfois difficile à initier.
Cette dynamique est portée par une génération connectée, en quête de solutions flexibles, discrètes et efficaces. Elle interroge aussi les professionnels de santé sur leur rôle dans cette transformation. Car si les outils numériques évoluent vite, leur intégration dans le parcours de soin nécessite des repères éthiques, des validations cliniques, et une réflexion sur les usages à encourager ou à encadrer. L’accompagnement humain reste indispensable pour guider l’usage de ces technologies, en particulier chez les plus jeunes, souvent les plus exposés aux risques d’isolement ou de dépendance numérique.
Au fond, cette évolution n’est pas seulement technologique. Elle est culturelle. Elle traduit un basculement vers une approche plus fluide, plus personnalisée et plus proactive de la santé mentale. Demain, consulter un chatbot pour verbaliser son mal-être, suivre son humeur sur une application, puis passer en téléconsultation avec un psychologue pourrait devenir un parcours aussi naturel que de prendre un rendez-vous chez son médecin traitant. À condition que ces étapes soient encadrées, connectées entre elles, et toujours inscrites dans une logique de soin globale.
La santé mentale de demain ne sera pas binaire. Elle ne s’opposera pas entre humain et machine, entre cabinet et application. Elle sera hybride, évolutive, ancrée dans les usages et attentive aux besoins réels. Et c’est précisément ce que les Français semblent nous dire : ils ne veulent pas choisir entre innovation et humanité. Ils veulent les deux.
Source : Mentaltech