[Chronique] CES 2026 : L’IA physique, nouvelle frontière de l’innovation santé

Le Consumer Electronics Show (CES) 2026, véritable baromètre de l’innovation technologique, a marqué un tournant majeur cette année : l’émergence de l’IA physique comme vecteur de transformation dans le domaine de la santé. Après des années centrées sur les algorithmes et les plateformes logicielles, l’intelligence artificielle quitte les écrans pour s’incarner dans des dispositifs tangibles, intelligents et interactifs.

Cette édition du CES restera comme un tournant dans l’histoire de l’intelligence artificielle appliquée à la santé. Non pas tant par la déferlante d’outils logiciels ou d’algorithmes toujours plus puissants, dont l’édition regorgeait déjà les années précédentes, mais par l’émergence d’une nouvelle génération de solutions : l’IA physique. Une intelligence artificielle qui ne se contente plus d’exister dans le cloud ou derrière un écran, mais qui prend corps dans des objets, des dispositifs, des robots. Une IA qui ressent, qui agit, qui interagit. Et qui redéfinit, en profondeur, notre rapport à la technologie dans le soin.

Comme l’a souligné Gary Shapiro, grand organisateur du CES, « si l’électricité a défini le siècle dernier, l’IA illuminera le prochain. Au CES 2026, nous avons vu que l’intelligence artificielle ne se contente plus de répondre à nos questions : elle commence enfin à agir dans notre monde physique pour résoudre des problèmes humains concrets ».

Cette nouvelle ère de l’IA s’inscrit dans un mouvement plus large d’incarnation technologique. Jusqu’ici, l’IA était majoritairement synonyme de diagnostics assistés, d’analyse de données médicales, de traitements personnalisés par des modèles prédictifs. Désormais, elle pénètre l’espace physique du patient et du soignant, au plus près des usages concrets. On parle ici d’embodied AI, d’intelligence artificielle embarquée dans des objets connectés intelligents, des exosquelettes, des robots d’assistance ou encore des vêtements médicaux augmentés.

Ce basculement répond à des enjeux très concrets du système de santé. Face à la pression croissante sur les ressources humaines, au vieillissement de la population, à la montée des maladies chroniques, les solutions présentées au CES 2026 misent sur une IA capable d’accompagner au quotidien, d’interagir avec les patients, de soulager les professionnels dans des tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée. Il ne s’agit plus seulement de calculer ou d’alerter, mais d’agir dans le réel.

L’IA physique se distingue par sa capacité à croiser traitement de la donnée en temps réel, capteurs biométriques embarqués et interaction sensorielle ou vocale. Ces dispositifs analysent les comportements, les signaux faibles, les paramètres physiologiques pour adapter leur réponse de manière continue et personnalisée. Ils s’adaptent à l’utilisateur, apprennent de lui, interagissent de façon contextuelle.

Dans le champ de la gérontologie, cela se traduit par des compagnons robotiques capables de détecter une perte d’autonomie, d’anticiper un risque de chute, de maintenir un lien social. En rééducation, des dispositifs intelligents ajustent l’effort et la stimulation selon les capacités motrices réelles du patient, favorisant une récupération plus rapide et plus sûre. En prévention, des textiles médicaux et wearables intègrent des algorithmes embarqués capables de repérer des signes précoces d’alerte, qu’il s’agisse de troubles cardiovasculaires, de détresse respiratoire ou de dérèglements métaboliques.

Cette incarnation soulève bien sûr des questions éthiques majeures. Comment garantir la fiabilité et la transparence de décisions prises en autonomie par une machine dans un contexte aussi sensible que la santé ? Quelle place accorder à l’humain dans un environnement où l’IA devient active, proactive, parfois quasi invisible ? Comment éviter une déshumanisation insidieuse, là où ces technologies ont pour ambition d’augmenter le soin ?

Le CES 2026 ne nous a pas seulement révélé des produits futuristes. Il a mis en lumière une transformation plus profonde : celle d’un modèle de santé où la technologie ne sera plus un outil à distance, mais un partenaire incarné, présent, à l’écoute et réactif. Une intelligence artificielle physique, au service d’une médecine plus continue, plus personnalisée et, paradoxalement, peut-être plus humaine.

Rémy Teston

 

Articles Similaires

Intelligence artificielle et responsabilité médicale : le regard de l’Académie nationale de médecine

Télémédecine : un nouvel élan pour un accès équitable aux soins partout en France

[Vu au CES] Advanced Care Technologies : la semelle connectée Digi’Feet pour la prévention des ulcères du pied diabétique